Trump, l’Amérique contre le monde : quand le verbe guerrier s’attaque à la planète et retourne ses canons vers ses propres villes

Par Reynoldson Mompoint
Port-au-Prince, le 09 janvier 2026
Par sa dernière prise de parole, Donald Trump n’a pas seulement parlé. Il a tonné. Il a convoqué l’Histoire comme on convoque une armée, ressorti les uniformes de la gloire passée et froissé, d’un revers de phrase, les équilibres fragiles du présent.
Selon lui, les États-Unis ont gagné la Première Guerre mondiale, gagné la Deuxième, et depuis, ils ne feraient que gagner. Une Amérique éternellement victorieuse, invincible, prédestinée. Mais une Amérique, dit-il, qui se serait ensuite perdue dans le « wokisme », cette maladie moderne qu’il diagnostique jusque dans les mots de l’État. Le premier symptôme de cette dégénérescence ? Le changement du nom du ministère de la Guerre en ministère de la Défense. Défendre, selon Trump, serait déjà capituler. Se protéger serait un aveu de faiblesse. Il suggère alors, provocateur, de revenir en arrière : rendre à la guerre son nom, son prestige, sa brutalité assumée. Comme si les mots, à eux seuls, pouvaient ressusciter la domination. Comme si rebaptiser suffisait à reconquérir.
À travers ce discours, Trump ne cache plus son ambition : réveiller l’« esprit guerrier » américain. Celui qui aurait conquis, bâti, imposé. Il convoque les images fondatrices d’une Amérique mythifiée : la cavalerie domptant les grandes plaines, la marche forcée de la conquête, les bottes claquant sur la poussière de l’Histoire. Puis il invoque les figures tutélaires du feu et de l’acier : Patton, Bradley, et le général Douglas MacArthur, incarnation suprême de l’autorité militaire sans états d’âme. Chez Trump, la mémoire devient arsenal, et l’Histoire, un stock de munitions idéologiques.
Mais le discours bascule quand l’ennemi cesse d’être extérieur. Le monde, certes, est mis en garde. Mais la cible principale est intérieure. Les villes américaines, dit-il, dirigées par les démocrates de la « gauche radicale », seraient devenues des zones de non-droit, des territoires perdus. San Francisco, Chicago, New York, Los Angeles : autant de noms qui, sous sa bouche, résonnent comme des champs de bataille. Il promet d’y « mettre de l’ordre », une par une. Le mot est froid, administratif, mais l’intention est martiale.
Trump va plus loin. Il parle de guerre. Pas une guerre contre un ennemi étranger, mais une guerre de l’intérieur. Une guerre civile rhétorique, où l’urbanité devient suspecte et la diversité, une menace. Il suggère même que certaines de ces villes pourraient servir de terrains d’entraînement pour l’armée et la garde nationale. La métropole comme champ de manœuvre. Le citoyen comme figurant collatéral. L’ordre par la botte.
Ce discours n’est pas seulement excessif. Il est révélateur. Trump ne s’en prend pas qu’au monde, ni même seulement à ses adversaires politiques. Il s’attaque à l’Amérique telle qu’elle est devenue : plurielle, complexe, contradictoire. Il oppose une Amérique fantasmée, virile, conquérante, à une Amérique réelle, urbaine, fracturée. Il remplace le débat par le clairon, la politique par la posture de guerre.
À la manière d’un chef de guerre en campagne permanente, Trump transforme chaque ville en front, chaque désaccord en trahison, chaque nuance en faiblesse. Ce n’est plus la défense de la nation qu’il prône, mais sa militarisation morale. Une Amérique sommée de se regarder dans le miroir de ses mythes, quitte à s’y briser.
Sous ce verbe tonitruant, une question demeure, lourde et inquiétante : peut-on prétendre sauver une nation en la déclarant en guerre contre elle-même ?
Reynoldson Mompoint, Avocat, Communicateur Social, Journaliste
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