TPS HAÏTI : LE “STAY” DE LA JUGE ANA REYES, UN RÉPIT JUDICIAIRE, PAS UNE VICTOIRE

Par Reynoldson Mompoint
Port-au-Prince, le 02 février 2026
Ce lundi 2 février 2026, alors que plus de 300 000 Haïtiens vivaient suspendus à une échéance fatidique, la juge fédérale Ana Reyes a décidé de tirer, provisoirement, le frein d’urgence. Par une ordonnance de type « Stay », elle a bloqué l’exécution de la décision du Department of Homeland Security (DHS) visant à mettre fin au Temporary Protected Status (TPS) accordé à Haïti.
Il faut le dire sans détour :
-il s’agit d’un répit, non d’un sauvetage ;
-d’une suspension, non d’un renouvellement.
La machine administrative est à l’arrêt, mais le combat juridique est loin d’être terminé. Que signifie réellement ce “Stay” judiciaire ?
Dans le langage du droit, un « Stay » est une mesure temporaire, destinée à empêcher l’application immédiate d’une décision administrative, le temps que la justice se prononce sur le fond du dossier.
Concrètement, cela signifie que : le TPS Haïti ne prend pas fin automatiquement le 3 février 2026 à minuit ;
– le DHS ne peut, pour l’instant, exécuter sa décision.
Mais attention :
-le TPS n’est pas renouvelé ;
-aucune nouvelle désignation n’est accordée ;
-aucune réinscription n’est ouverte.
Ce que cela implique pour les bénéficiaires actuels du TPS
Pour les Haïtiens dont le TPS était déjà approuvé avant la date butoir du 3 février :
1-Ils ne deviennent pas “sans papiers”
Le statut TPS demeure valide tant que le “Stay” est en vigueur. Il n’y a pas de basculement automatique dans l’irrégularité.
2- Aucune accumulation de présence illégale
La période postérieure au 3 février ne génère aucune présence illégale tant que l’ordonnance judiciaire reste en place.
3- Pas de détention ni de déportation sur la base du TPS
Le DHS et l’ICE ne peuvent légalement arrêter ou expulser un bénéficiaire en invoquant la fin du TPS, tant que le “Stay” subsiste.
4- Travail autorisé, mais zone grise administrative
Les titulaires d’une autorisation de travail liée au TPS peuvent continuer à travailler.
Cependant, en l’absence d’une note explicative officielle de l’USCIS, certains employeurs pourraient hésiter à reconnaître la validité du document.
Le dialogue avec les ressources humaines devient alors crucial, la décision judiciaire pouvant servir de base juridique temporaire.
Ce que le “Stay” ne fait PAS
Il est essentiel de dissiper toute confusion :
– le “Stay” n’accorde pas un nouveau statut ;
– il ne délivre pas de permis de travail à ceux qui n’en avaient pas ;
– il n’autorise aucun dépôt de nouvelle demande, ni de TPS ni d’EAD.
Pour les dossiers en attente, la situation reste inchangée : la protection demeure limitée, comme durant la période d’examen initiale, sans création de nouveaux droits.
Alerte majeure : Permis de conduire et pièces d’identité
C’est sans doute le point le plus délicat et le plus risqué.
Le “Stay” ne prolonge pas automatiquement :
– les permis de conduire,
– les cartes d’identité,
– les documents émis sur la base du TPS.
Tout document portant la date d’expiration du 3 février 2026 expire effectivement à cette date.
Seules deux options permettent un renouvellement :
1- disposer d’un autre statut migratoire valide ;
2- la publication par l’USCIS d’une note officielle reconnaissant une extension administrative, à présenter au DMV avec le document expiré.
En l’absence d’une telle note, conduire ou utiliser un document expiré expose à de graves conséquences légales.
Un répit fragile face à un avenir incertain
Le combat est loin d’être clos. Le DHS peut interjeter appel, et l’affaire pourrait remonter jusqu’à la Cour d’appel, voire à la Cour suprême.
Si le “Stay” venait à être levé par une juridiction supérieure, la conséquence serait immédiate :
– le TPS prendrait fin sans transition ;
– Toute la protection actuelle disparaîtrait d’un seul coup.
Entre le droit et la survie
Aujourd’hui, le TPS Haïti n’est plus seulement une mesure humanitaire. Il est devenu le symbole d’une tension permanente entre le droit américain et l’effondrement haïtien.
Le “Stay” de la juge Ana Reyes n’offre pas une solution. Il offre du temps :
le temps de s’organiser,
le temps de se préparer,
le temps de rester vigilant.
– Ni panique,
– Ni illusion. Information, prudence et organisation.
Car dans le dossier du TPS haïtien, l’équilibre reste précaire et le lendemain incertain.
Reynoldson Mompoint, Avocat, Communicateur Social, Journaliste
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