Opinion

Qui traite avec le trio (USA–Canada–France) : monstre se fait monstre et sera puni par lui. Fritz Alphonse Jean coupable–innocent

Par Reynoldson Mompoint

Port-au-Prince, le 26 novembre 2025

Il y a dans la politique haïtienne une règle que personne ne veut admettre mais que tout le monde respecte : ceux qui marchandent avec les monstres finissent toujours avalés par eux. Et, ces jours-ci, c’est le tour de Fritz Alphonse Jean, nouveau visage d’un vieux théâtre, technocrate recyclé en arbitre d’un pays ingouverné, pris au piège de ceux qui l’ont hissé, formé, financé, et,aujourd’hui, menacent de l’écraser.

Depuis quelques semaines, les murmures se transforment en bruits de bottes diplomatiques. Washington s’irrite, Ottawa s’impatiente, Paris calcule, et au centre de cette triangulation glacée se retrouve un homme qui croyait pouvoir jouer l’équilibriste sur un fil diplomatique huilé par les intérêts étrangers. Comme toujours, le décor est connu : promesses de soutien, cheminées sans fumée, notes verbales confidentielles, réprimandes feutrées.
Mais derrière les couloirs climatisés des chancelleries, c’est la même phrase qui circule : Fritz n’est plus l’homme sûr.

L’ambivalence coupable–innocente

Le drame de Fritz Alphonse Jean, c’est de se trouver à la frontière entre deux mondes.
Coupable ? Innocent ? Les deux à la fois, comme tous ceux qui, depuis 1986, ont cru possible de négocier l’âme d’Haïti à crédit.

Coupable, parce qu’il connaît trop bien les règles du jeu pour faire semblant. Le trio USA–Canada–France n’est pas un partenariat : c’est un engrenage. On n’y entre pas pour gouverner, mais pour maintenir la vitrine, stabiliser l’illusion, préserver le chaos utile. Quiconque y prétend autre chose devient un problème. Et ces diplomaties n’aiment pas les problèmes.

Innocent, parce qu’il arrive dans un pays déjà broyé par trente-huit ans de duplicité politique, de compromissions économiques, de diplomatie sans souveraineté. Il n’a ni la brutalité des vieux faucons, ni la malice crue des prédateurs politiques. C’est un technicien qui s’est cru protégé par ses diplômes, ses relations, sa neutralité affichée. Mais en Haïti, la neutralité n’existe pas : c’est déjà un camp.

Le monstre n’a pas d’amis

Traiter avec le trio USA–Canada–France, c’est comme signer un pacte écrit en encre effaçable. Quand le vent tourne, l’allié d’hier devient un « risque », puis un « dérapage », puis un « partenaire non fiable ». Ceux qui s’y frottent finissent toujours réduits à ce que les grandes capitales appellent poliment un élément remplaçable.

On murmure déjà que les pressions s’accentuent. Que Washington n’aime pas sa marge de manœuvre. Que Ottawa doute de sa loyauté. Que Paris questionne ses engagements. En clair : le monstre ouvre la bouche.

L’illusion de la protection étrangère

C’est ici que la tragédie haïtienne se répète, saison après saison. Nos dirigeants, nos aspirants dirigeants, nos techniciens reconditionnés cherchent constamment la sécurité dans le regard du maître étranger. Ils oublient une vérité simple : le maître protège ses intérêts, jamais ses serviteurs.

Fritz Alphonse Jean a cru que son expertise économique lui servirait de bouclier. Mais le monstre ne comprend qu’une seule langue : la soumission totale. Et quand il soupçonne que vous pourriez penser par vous-même, il vous sanctionne.
Poliment, diplomatiquement, brutalement.

Coupable–innocent, mais déjà jugé

Dans la rue, dans les salons, dans les chancelleries, dans les regroupements politiques qui se dévorent entre eux, la question se pose : Fritz Alphonse Jean tombera-t-il ?

La réponse est simple : il est déjà tombé dans l’opinion du trio qui, aujourd’hui, le regarde comme on observe un pion devenu encombrant.
Et dans la logique haïtienne, cela suffit pour déclencher la curée.

Mais au fond, Fritz n’est que l’illustration d’une vérité plus vaste : quiconque accepte de construire sa carrière politique en se tenant dans l’ombre d’une puissance étrangère perdra toujours la partie.
Parce que le monstre ne partage pas le pouvoir. Il l’accorde, puis le retire. Sans explication. Sans émotion. Sans équité.

La vieille leçon jamais apprise

Haïti, depuis trop longtemps, confond soutien international et tutelle déguisée. Et chaque fois qu’un de nos dirigeants croit pouvoir apprivoiser le monstre, il apprend la même leçon :
celui qui traite avec lui devient comme lui… et finit puni par lui.

Fritz Alphonse Jean, coupable–innocent, n’est que le dernier chapitre d’une histoire qui n’en finit jamais.

Et tant que la souveraineté d’Haïti restera un slogan et non une colonne vertébrale, d’autres viendront, d’autres tomberont, et le monstre continuera de se nourrir de notre propre incapacité à nous gouverner nous-mêmes.

Reynoldson Mompoint

mompointreynoldson@gmail.com

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