Monseigneur André Dumas et la politique : quels résultats pour quelle médiation ?

Par Reynoldson Mompoint
Port-au-Prince, le 11 janvier 2026
Par-delà la soutane, l’épreuve des faits.
En Haïti, rares sont les figures religieuses qui traversent les tempêtes politiques sans y laisser des traces. Monseigneur André Dumas, évêque de Miragoâne, s’est imposé depuis plus d’une décennie comme l’un des visages les plus visibles de la médiation politico-religieuse.
Tantôt convoqué par la communauté internationale, tantôt sollicité par les acteurs locaux, il est devenu une sorte de médiateur permanent d’une crise chronique. Mais à force de médiations répétées, une question s’impose : quels résultats concrets pour quelle utilité politique ?
Un prélat propulsé au cœur de l’arène
Son Excellence Dumas n’est pas entré par effraction dans la politique : la politique est venue le chercher. Après 2016, au moment où le pays s’enfonce dans une succession de crises électorales, institutionnelles et sécuritaires, son nom circule dans presque tous les cercles de « bons offices ».
Il participe à plusieurs cadres de dialogue national, sert d’interface entre des secteurs antagonistes, et se retrouve régulièrement associé à des initiatives soutenues par la communauté internationale, notamment l’OEA, l’ONU et plus récemment la CARICOM. Dans les faits, il incarne cette Église appelée à colmater les brèches d’un État défaillant.
Médiations multiples, résultats maigres
Le problème n’est pas l’intention. Le problème, ce sont les résultats.
– Aucune crise majeure n’a été résolue durablement sous les médiations auxquelles Monseigneur Dumas a participé.
– Les dialogues ont souvent débouché sur des communiqués consensuels, vite enterrés par la réalité politique.
– Les transitions successives, pourtant bénies par des cadres dits de concertation, ont toutes échoué à rétablir la sécurité, l’ordre constitutionnel ou la confiance populaire.
La médiation religieuse, au lieu de produire une rupture, a souvent servi de tampon moral à des arrangements politiques déjà négociés ailleurs.
Une neutralité questionnée
Évêque Dumas se présente comme un homme de paix, au-dessus des camps. Mais en politique haïtienne, la neutralité affichée est souvent une prise de position déguisée.
À force de dialoguer avec les mêmes élites politiques, économiques et diplomatiques, la médiation ecclésiastique finit par normaliser l’anormal, légitimer des acteurs discrédités et prolonger artificiellement des formules transitoires sans horizon.
La rue, elle, n’a jamais véritablement reconnu ces médiations comme siennes. Le peuple ne s’y est pas retrouvé. Et quand la médiation ne parle pas au peuple, elle devient un outil de stabilisation du statu quo, pas un instrument de transformation.
L’Église entre mission morale et récupération politique
L’un des échecs les plus flagrants est là : la confusion entre autorité morale et utilité politique. En acceptant d’être constamment au centre du jeu, Monseigneur Dumas expose l’Église à une usure symbolique dangereuse.
Chaque médiation avortée affaiblit un peu plus la parole ecclésiale. Chaque compromis sans résultat creuse la distance entre la soutane et la population.
L’Église, jadis refuge des opprimés, risque de devenir l’aumônerie des transitions ratées.
Une médiation sans rapport de force
Le cœur du problème est structurel : la médiation de Monseigneur Dumas s’est exercée sans rapport de force, sans mécanisme de contrainte, sans sanctions politiques réelles.
Or, en Haïti, le dialogue sans contrainte est une ruse du pouvoir. On discute pour gagner du temps, pas pour changer de cap. Résultat : les mêmes acteurs reviennent à la table, recyclés, blanchis par le vocabulaire du consensus.
En définitive son Excellence André Dumas n’est ni un conspirateur, ni un fossoyeur volontaire de la République. Mais son parcours illustre une vérité crue : on ne soigne pas une crise systémique avec des prières diplomatiques et des dialogues sans colonne vertébrale. La question n’est donc pas de savoir s’il a médié. La vraie question est : qui a réellement bénéficié de ces médiations ?
Certainement pas le peuple haïtien, toujours prisonnier de l’insécurité, de l’illégitimité et de la pauvreté politique.
À force de vouloir être partout, la médiation de Monseigneur Dumas risque de n’être nulle part dans l’Histoire, sinon comme le symbole d’une Église convoquée pour bénir l’impasse.
Reynoldson Mompoint, Avocat, Communicateur Social, Journaliste
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