Le CPT et son gouvernement : une gestion en désordre, un pays en sursis

Port-au-Prince, le 15 octobre 2025
Par Reynoldson Mompoint
Il fallait s’y attendre. Quand on confie la direction d’un pays à des improvisateurs, à des émissaires sans mission claire, à des stratèges de couloir sans projet d’État, on récolte exactement ce que nous vivons aujourd’hui : un chaos méthodiquement administré, un désordre institutionnalisé, une transition devenue sa propre maladie. Le Conseil Présidentiel de Transition (CPT), censé incarner la sortie de crise, s’est transformé en un gouvernement de circonstances, où la responsabilité s’efface derrière la rotation du pouvoir, et où chaque membre joue à la présidence comme à la marelle.
Sous la houlette d’un gouvernement pâle, conduit par un Premier ministre que l’histoire retiendra davantage pour sa docilité que pour sa vision, le pays s’est enfoncé dans une lente asphyxie. Rien ne respire. Ni l’économie, étouffée sous le poids d’un État sans gouvernail. Ni la population, prisonnière entre l’indifférence du pouvoir et la cruauté des gangs. Ni même l’administration publique, transformée en théâtre d’ombres où chaque directeur général s’improvise roi de sa forteresse.
Le CPT, dans son idée initiale, devait représenter la pluralité nationale. En pratique, il ne représente que la pluralité des appétits. Chacun y défend sa part d’influence, sa mainmise sur un ministère, son contact privilégié avec un ambassadeur étranger ou un bailleur. On négocie les signatures, on troque les postes, on s’échange les faveurs. Le pays, lui, attend comme toujours qu’on pense enfin à lui.
Alix Didier Fils-Aimé, Premier ministre par le hasard des arrangements, s’est installé dans un confort feutré : celui du verbe sans effet. Son gouvernement s’est illustré par sa capacité à promettre ce qu’il sait ne pas pouvoir accomplir. La réforme constitutionnelle ? En attente. La sécurité ? En déroute. Les élections ? En mirage. Les rares décisions prises relèvent davantage de la réaction que de la direction : on répond à la crise au lieu de la prévenir, on éteint un feu pour en allumer deux autres.
Et pourtant, tout cela se fait dans un calme apparent. Le pays brûle, mais les ministres sourient sur les plateaux de télévision. Le CPT s’enorgueillit de réunions interminables, de voyages coûteux, de communiqués vides. Comme si gouverner consistait à commenter sa propre impuissance.
Cette transition devait être la dernière. Elle est devenue la plus fatiguée, la plus illisible, la plus stérile de toutes. Elle ne fabrique ni confiance ni avenir. Elle ne produit que du cynisme et de la résignation.
Et pendant que ces messieurs débattent des rotations présidentielles, le peuple, lui, tourne en rond. Les prix flambent, les routes se dégradent, la peur s’installe. Le citoyen ne cherche plus un État : il cherche une échappatoire.
Le CPT n’a pas échoué seulement par incompétence. Il a échoué par absence d’âme. Car un pays ne se gouverne pas avec des calculs de clans, mais avec une vision. Et cette vision, Haïti l’attend toujours, depuis que ceux qui prétendent la servir ne font que s’en servir.
La transition haïtienne, sous le CPT et son gouvernement, n’a pas été un pont vers la stabilité, mais un rond-point vers le néant. Et si l’histoire devait retenir un mot pour qualifier cette période, ce serait celui-ci : vacance. Vacance du pouvoir, vacance de courage, vacance d’État.
Reynoldson MOMPOINT
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