Opinion

La fin du mandat du CPT : la folie d’élection et la continuité du désastre

Par Reynoldson MOMPOINT

Port-au-Prince, le 24 octobre 2025

Le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) arrive à la fin de son mandat comme on achève une longue fièvre : épuisé, délirant et convaincu d’avoir guéri le malade alors qu’il n’a fait que lui briser les os. Le peuple, lui, ne tousse plus de colère : il soupire d’indifférence. L’indifférence est pire que la haine, car elle annonce le décès de l’espérance. Et c’est là que le CPT a réussi : enterrer l’espoir sous les discours, les promesses, les missions diplomatiques et les projets électoraux sans peuple.

Un an après son installation dans le fracas des ambitions collectives, le CPT n’aura rien laissé d’autre qu’une empreinte de désordre institutionnalisé. Les membres, tour à tour présidents d’un fauteuil brûlant, auront passé leur temps à se protéger d’eux-mêmes, à s’épier, à se flatter, à se mentir, pendant que le pays glissait davantage dans la nuit. Les gangs règnent, les prix flambent, l’administration bâille, et le peuple s’habitue à la survie.
Le pouvoir, lui, s’habitue au confort.

Sous prétexte de transition, le CPT s’est offert une continuité de privilèges : cortèges, gardes, allocations, ambassades… La transition, dans leur bouche, n’était pas un passage mais une résidence secondaire.

Et voilà que, sentant la fin de leur mandat, ils découvrent une nouvelle mission : organiser des élections. Les mêmes qui n’ont pas pu garantir la sécurité d’un corridor prétendent maintenant garantir la sécurité d’un scrutin. Les mêmes qui n’ont pas donné de pain veulent maintenant donner des bulletins. C’est la folie électorale, ce délire républicain qui consiste à croire que le vote lave les fautes de la gouvernance.
Mais l’élection, sans justice, sans sécurité, sans confiance, n’est qu’un théâtre de pouvoir. Et dans ce théâtre, le peuple n’est pas acteur, il est figurant.

Les bruits de couloir annoncent déjà la suite : quelques conseillers rêvent d’un retour sous d’autres habits, d’autres se préparent à « accompagner la transition de la transition ». Haïti est ainsi devenue un métier : le métier de transitionneur professionnel. Les visages changent, les intentions restent. On repeint la façade, on garde les murs pourris.

À force de ne pas mourir, le système a appris à se régénérer dans la crise. Il se nourrit des échecs, prospère sur le chaos et recrute ses héritiers parmi ceux qui prétendent le combattre.

Le peuple, lui, regarde. Il ne croit plus aux promesses, il ne manifeste plus : il attend.
Et cette attente silencieuse, lourde comme une menace, sera peut-être la vraie fin du CPT, pas celle des dates, mais celle de la crédibilité. Le mandat se termine, mais le mal dure. Et tant que les hommes du pouvoir se battront pour la chaise plutôt que pour le pays, Haïti restera gouvernée par des fantômes : ceux du passé, du calcul et du mépris.

La fin du mandat du CPT n’est pas une fin : c’est un recommencement. Dans le vacarme de leurs bilans, dans la poussière de leurs ambitions, ils s’en iront peut-être. Mais d’autres viendront, avec le même langage, les mêmes promesses, la même indifférence. Et le peuple, encore une fois, sera invité à applaudir le spectacle de sa propre misère électorale.

Reynoldson Mompoint
mompointreynoldson@gmail.com

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