Haïti : un héritage marqué par les inégalités entre économie et politique

Port-au-Prince
Le 22 août 2025
Dans ce pays au nom glorieux, arraché au sang et au fer de 1804, Haïti, le partage s’est fait comme un testament maudit : l’économie pour les peaux claires, la politique pour les politiciens sans vergogne. Deux clans, deux héritages, une même malédiction.
Depuis l’aube de l’indépendance, le code n’a pas été écrit mais il s’est gravé dans la chair des générations : à ceux dont la peau claire flirte avec les standards de l’Occident, on a confié les caisses, les importations, les banques, les grandes maisons commerciales. À ceux dont la parole se gonfle de promesses mensongères, on a livré les urnes, les micros, les rubans de coupures de ruban et les cortèges électoraux. Résultat : un pays pris en otage entre la caisse enregistreuse et le podium électoral, pendant que le peuple, lui, mendie une miette de dignité.
Les peaux claires, héritières de la rente coloniale, se sont fait maîtres de l’économie en verrouillant les ports, les franchises et les marchés. Ils n’ont pas besoin de briguer un mandat, puisque leur véritable siège est la caisse des devises et leur parlement est le conseil d’administration de leurs firmes. Ils gouvernent en silence, la main sur le dollar et l’œil sur le taux de change.
En face, les politiciens sans vergogne, héritiers des barricades et des tribunes creuses, se bousculent pour la chaise maudite du pouvoir. Ils ne produisent rien, n’investissent rien, mais parlent trop. Leur devise : « La politique est le raccourci vers la richesse. » Leur arme : la promesse. Leur allié : la misère du peuple.
Voilà Haïti : une économie verrouillée par ceux qui n’ont jamais eu besoin de voter, et une politique envahie par ceux qui n’ont jamais eu besoin de travailler. Entre les deux, un peuple condamné à applaudir ses bourreaux, à créditer ses oppresseurs, à rêver de migration comme seul projet de vie.
Le vrai drame, ce n’est pas que le pays soit divisé en deux héritages. Le vrai drame, c’est que ces deux clans se nourrissent mutuellement. Les peaux claires financent les campagnes électorales des politiciens sans vergogne, et les politiciens leur garantissent, une fois élus, un cadre légal pour continuer leur pillage. C’est une valse macabre où l’économie se marie à la politique, dans un lit de corruption.
Haïti n’est donc pas pauvre. Elle est pillée. Pillée par la complicité structurelle entre ceux qui tiennent la caisse et ceux qui tiennent le pouvoir. Le peuple ? Il n’est qu’un figurant, invité à danser le rara de la misère pour que le carnaval continue.
Alors, la question demeure : jusqu’à quand cet héritage maudit tiendra-t-il ? Jusqu’à quand la politique sera-t-elle une scène de théâtre et l’économie une plantation moderne ? Haïti, fille d’un combat héroïque, n’attend plus qu’un acte radical : briser le testament des clans, et enfin écrire un héritage commun.
Reynoldson Mompoint
mompointreynoldson@gmail.com

