Opinion

Haïti : Quand le Pays devient un Rire Jaune et que le Peuple devient la Dernière Blague de la République

Par Reynoldson Mompoint

Port-au-Prince, le 22 novembre 2025

Il fut un temps où l’État haïtien ressemblait à quelque chose. Il titubait, certes, mais tenait debout. Aujourd’hui, il ne titube plus : il rampe. Sous les rafales, sous les compromissions, sous les signatures clandestines et les pactes nocturnes, l’État s’est mué en rumeur, en murmure, en souvenir. Un pays autrefois fier, devenu l’ombre de son propre hymne.

Le Pouvoir ? Une chaise musicale animée par des hommes sans rythme.

La conjoncture politique actuelle n’est pas une crise : c’est un aveu.
Aveu de faiblesse. Aveu d’impuissance. Aveu de médiocrité collective.

Les “dirigeants” — si ce mot n’est pas trop généreux — courent derrière un pouvoir aussi vide qu’une promesse électorale. Ils palpent l’État comme un coffre-fort, ignorent la clé, mais continuent quand même de frapper dessus dans l’espoir d’en sortir un miracle.

Pendant ce temps, les gangs, eux, n’attendent pas. Eux savent où ils vont. Eux savent ce qu’ils veulent. Eux n’ont pas besoin d’un Conseil présidentiel pour décider de l’heure à laquelle un quartier doit se coucher.

Le Peuple : ce géant qu’on veut garder à genoux.

On parle de « résilience ». On applaudit la « solidarité ». On félicite la « force » du peuple.

Mais le peuple, lui, n’a pas besoin d’applaudissements. Il a besoin d’électricité. D’eau potable. De rues où le son qui vous réveille n’est pas un M4 mais un marchand de pain. Il a besoin d’un État qui gouverne, pas d’un État qui se cache.

Le pire ? On demande au peuple de tout supporter, mais on exige de lui de rester calme, digne, silencieux.
Comme si l’indignation était devenue un crime.

La Politique Haïtienne : Un théâtre sans acteurs, un spectacle sans script.

La transition politique ressemble aujourd’hui à un mauvais feuilleton. On remplace les visages, mais jamais les pratiques. On change les discours, mais jamais les mentalités. On publie des communiqués, mais jamais des résultats.

Et au milieu de cette pièce sans dramaturge, les institutions fondent comme des bougies allumées en plein soleil.

La justice ? Bras cassé. La police ? Bras attaché. Le gouvernement ? Bras croisé.

Et pendant que le pays brûle, chacun regarde de l’autre côté, feignant de ne pas voir les flammes danser sur les ruines.

L’International : pompier pyromane, spectateur engagé, médecin distrait.

L’international promet, annonce, déclare, condamne. Il envoie des missions, des expertises, des résolutions. Mais sur le terrain, les promesses fondent plus vite que la crédibilité de ceux qui les prononcent.

Haïti est devenue la salle d’attente du monde : On y entre pour observer, mais jamais pour guérir.

Une Nation en Suspense — mais pas encore vaincue.

Ce pays ne manque pas de héros.
Il manque de dirigeants. Il ne manque pas de ressources humaines. Il manque de décence politique. Il ne manque pas de courage. Il manque de vision.

La conjoncture politique haïtienne d’aujourd’hui n’est pas seulement un effondrement : c’est une chance. Une chance brutale, violente, douloureuse, mais une chance quand même.

Parce qu’au fond du gouffre, il n’y a qu’un seul chemin : remonter.

Mais pour remonter, il faudra choisir : Continuer d’applaudir les imposteurs ? Continuer de se taire par peur ? Continuer d’espérer que ceux qui nous ont mis là vont nous en sortir ?

Ou décider, enfin, de dire à haute voix ce que tout le monde murmure :

Haïti ne mourra pas. Mais Haïti mourra sans nous, si nous continuons à la regarder souffrir sans la défendre.

Reynoldson Mompoint

mompointreynoldson@gmail.com

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