Opinion

Haïti : Les marchands du chaos

Par Reynoldson Mompoint

Port-au-Prince, le 12 novembre 2025

En Haïti, le chaos n’est pas un accident : c’est un marché. Et comme tout marché, il a ses marchands, ses clients et ses profits. Pendant que le peuple souffre, pleure et s’enfuit, une poignée d’hommes — politiciens, commerçants, prestataires d’État et pseudo-experts — s’enrichit à coups de drames nationaux.

Depuis des années, ils ont compris que l’instabilité rapporte. Chaque crise est un contrat, chaque cadavre un financement, chaque catastrophe une opportunité. Quand la faim grandit, leurs comptes grossissent ; quand le désordre s’installe, leurs affaires prospèrent. Ils se nourrissent du désespoir, ils prospèrent sur la ruine. Ce sont les entrepreneurs de la misère, les PDG de la souffrance nationale.

Dans les coulisses du pouvoir, ils sont partout. Ils vendent la sécurité aux bandits, les routes aux politiciens, les discours aux diplomates. Le chaos, pour eux, n’est pas une tragédie : c’est un modèle économique.
L’État n’est plus un instrument de gouvernance, mais une caisse enregistreuse. Et chaque ministre, chaque directeur général, chaque conseiller d’État, devient un comptable de la catastrophe.

Pendant ce temps, les grands marchands distribuent des vivres à la télévision et des ordres dans l’ombre. Ils pleurent devant les caméras et signent des contrats derrière les rideaux. Ils financent les élections, les campagnes, les médias. Et quand tout brûle, ils s’achètent des extincteurs en dollars.

Ce pays est pris en otage par une économie de la détresse.
L’insécurité est devenue une industrie, la pauvreté une rente, l’aide humanitaire une bourse. Les ONG, les politiques et les commerçants s’y retrouvent : chacun prend sa part, chacun fait sa prière en billets verts. Et pendant qu’ils se partagent les ruines, le peuple, lui, ramasse les miettes et les balles.

Haïti n’est pas pauvre, elle est pillée. Ses ressources, ses espoirs, sa dignité : tout a été transformé en marchandise. Et ceux qui dirigent aujourd’hui le pays sont les héritiers directs de cette économie de la corruption. Ils n’ont pas peur du chaos, ils l’entretiennent. Car tant que le pays tremble, leurs sièges restent stables.

Mais qu’ils se le rappellent : aucune fortune n’est éternelle quand elle repose sur la misère des autres. Un peuple peut être patient, mais jamais amnésique. Et tôt ou tard, le chaos qu’ils vendent se retournera contre eux.

Ce jour-là, les véritables marchands ne seront plus ceux qui vendent la souffrance, mais ceux qui vendront la justice.


Reynoldson Mompoint

mompointreynoldson@gmail.com

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