Haïti : le pouvoir, ce théâtre de l’absurde

Par Reynoldson Mompoint
Port-au-Prince, le 9 novembre 2025
Haïti n’a plus d’État, elle a des acteurs. Des figurants déguisés en dirigeants, jouant dans une pièce sans texte, sans metteur en scène et sans public. Les institutions sont devenues des décors de carton-pâte ; le Parlement, un souvenir ; la présidence, un rêve interrompu ; et le peuple, lui, joue le rôle du figurant permanent, celui qu’on applaudit jamais, celui qu’on utilise toujours.
Depuis des décennies, la politique haïtienne ressemble à un vieux film qu’on rembobine sans cesse. Les mêmes visages, les mêmes promesses, les mêmes trahisons. Chaque gouvernement arrive en proclamant une “nouvelle ère”, mais c’est toujours la même nuit. Les promesses d’élections libres deviennent des prétextes pour la survie d’un pouvoir sans légitimité, les dialogues nationaux se transforment en monologues d’ambitions, et les réformes annoncées ne dépassent jamais le papier des communiqués officiels.
Aujourd’hui, le pouvoir se résume à un cercle fermé où commerçants, politiciens et prestataires d’État se disputent les miettes d’un gâteau déjà moisi. Chacun tire profit du chaos, chacun s’enrichit de la pauvreté ambiante. Pendant ce temps, la population, exsangue, apprend à survivre entre la peur, le désespoir et le cynisme.
Ce pays vit désormais sans colonne vertébrale. Les mots “gouvernance”, “vision” et “État de droit” sont devenus des accessoires de discours. La justice est à vendre, la sécurité en exil, et la jeunesse en partance. À force de s’habituer à la déchéance, on a fini par confondre la résilience avec la résignation.
Haïti ne manque pourtant pas d’intelligence, elle manque de courage. Le courage de dire non à la médiocrité, non aux clans qui confisquent l’avenir, non aux marchands du chaos. Tant que la politique restera un commerce et non un service, tant que les ambitions individuelles primeront sur le bien commun, le pays demeurera dans ce cycle infernal de promesses avortées et de déceptions programmées.
Haïti ne mourra pas d’un manque d’aide, mais d’un excès d’hypocrisie. Ceux qui prétendent la sauver l’enfoncent chaque jour un peu plus, entre corruption et lâcheté. Le peuple, lui, regarde, silencieux. Mais attention : un peuple silencieux n’est pas toujours un peuple soumis. Parfois, c’est un volcan en sommeil.
Et peut-être, un jour, la scène politique haïtienne cessera d’être une farce pour redevenir une nation.
Reynoldson Mompoint
mompointreynoldson@gmail.com
+509 31356688
+509 37790885

