Haïti : « La vérité, son combat… 11 années après ». La nouvelle page de Laurent Salvador Lamothe

Par Reynoldson Mompoint
Port-au-Prince, le 10 décembre 2025
On aurait dit une confession tardive sortie d’un vieux tiroir poussiéreux. Laurent Salvador Lamothe, l’ancien Premier ministre, l’ancien dauphin, l’ancien allié stratégique devenu paratonnerre de tout un régime, revient aujourd’hui avec une publication qui se veut vérité, combat, rédemption. Onze ans après. Onze longues années après le bruit, les deals, les illusions, les applaudissements forcés, les voyages officiels et les nuits d’ombre où les décisions se prenaient dans des salons étroits, loin du peuple qu’on disait servir.
Lamothe écrit qu’il se bat pour « la vérité ». Mais laquelle ? Celle qu’il découvre aujourd’hui, ou celle qu’il savait déjà ? Celle qui brûlait sous ses pas lorsqu’il accompagnait Martelly dans la grande chorégraphie politique de 2011, ou celle qu’il dit maintenant avoir ignorée ?
Parce qu’ici, au pays où la mémoire du peuple est une plaie toujours ouverte, on ne peut pas présenter la vérité comme une nouvelle trouvaille archéologique. Non. La vérité, elle était là, tapée en plein soleil.
Lamothe se dégage… après avoir tenu le ruban
Dans sa dernière publication, il parle d’erreur. Il parle d’illusion. Il parle de combat contre le mensonge. Il parle même de rupture définitive avec Martelly depuis 2021. Mais ce que le peuple attend, ce n’est pas un récit révisé. Ce n’est pas un chapitre corrigé après que le livre s’est refermé sur un pays fracturé, ruiné, déplacé, pillé jusqu’à l’âme. Ce que le peuple attend, c’est un examen de conscience qui ne saute pas les pages.
Quand Lamothe dit aujourd’hui qu’il regrette son alliance avec Martelly, il oublie que cette alliance fut contractée au détriment de la nation, qu’elle a été cimentée avec les institutions écrasées, les Directeurs Généraux marionnettisés, les décrets à répétition, les contrats douteux, les dépenses sans contrôle, et l’instrumentalisation même du rêve PetroCaribe. La vérité : ce n’est pas un mot chic. C’est une exigence.
Les onze années que le peuple n’a pas oubliées
Pendant que Lamothe revisite son passé, le peuple n’a jamais cessé d’en vivre les conséquences.
- Les caisses vides.
- Les infrastructures invisibles.
- Les routes promises qui n’ont jamais traversé les provinces.
- Les écoles fantômes.
- L’État transformé en agence de placement.
- Et PetroCaribe, ce nom qui pèse comme un testament trahi.
Lamothe dit vouloir laver son nom. Très bien. Tout citoyen a droit à la justice. Mais laver son nom ne revient pas à effacer le vécu d’une nation, ni à effacer les décisions dont il fut coauteur, soldat et bénéficiaire.
Quand la vérité devient un vêtement politique
La vérité selon Lamothe arrive exactement au moment où la scène politique haïtienne, brûlée par les crises successives, tente de se recomposer. Une vérité qui tombe soudainement, onze ans après, a toujours un parfum politique. Rien n’est gratuit ici. Surtout pas les déclarations publiques.
Lamothe dit mener un combat. Soit. Mais le peuple haïtien aussi mène un combat. Le sien ne se fait pas devant une caméra. Il se fait dans les camps déplacés. Dans les rues pleines de poussière. Dans les hôpitaux qui n’ont plus de pansements. Dans les écoles improvisées sous des tôles brûlées. Dans les maisons que la violence chasse chaque nuit. La vérité du peuple, elle, n’a pas attendu onze ans. Elle a attendu la lumière que l’État n’a jamais allumée.
La vérité n’est pas un héritage tardif
Lamothe peut bien revenir dans l’arène, publiant, s’expliquant, s’excusant même. Mais la vérité, la vraie, celle que la nation réclame depuis le premier jour, c’est une vérité qui ne s’écrit pas avec nostalgie ni stratégie. C’est une vérité qui passe par trois mots trop rares en politique haïtienne : Responsabilité. Transparence. Justice.
Et si Laurent Salvador Lamothe veut vraiment mener ce combat — pas pour son histoire personnelle, mais pour l’histoire du pays — alors qu’il commence par là. Qu’il ouvre tout. Qu’il expose tout. Qu’il nomme tout. Les contrats. Les accords. Les pressions. Les détournements. Les erreurs. Les complicités. Les silences.
Parce que le peuple peut pardonner beaucoup de choses. Mais il ne pardonne jamais la vérité dite trop tard.
Et onze ans après… Le temps n’est plus aux déclarations sentimentales. Le temps est à la lumière.
Reynoldson MOMPOINT
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