Opinion

Haïti : La guerre froide du pouvoir – Alix Didier Fils-Aimé, le CPT et la nouvelle diplomatie des lamentations

Par Reynoldson Mompoint

Port-au-Prince, le 24 novembre 2025

Il y a des scènes qui, dans d’autres pays, relèveraient du théâtre. En Haïti, elles relèvent de la gouvernance. Et dans ce théâtre-là, chacun joue sans script, sans pudeur et sans crainte du ridicule. Voici donc la nouvelle pièce en représentation : la bataille silencieuse – mais hargneuse – pour la pérennisation du pouvoir, opposant Alix Didier Fils-Aimé au Conseil Présidentiel de Transition (CPT), particulièrement son trio nerveux : Vertilaire, Augustin, Gilles.

Si le pays n’avait pas déjà sombré dans l’absurde, il faudrait inventer ce chapitre.

Quand le pouvoir n’a pas d’avenir, il se bat pour son présent

Alix Didier Fils-Aimé, personnage fin, calculateur, spécialisé dans l’art de dire tout haut ce qu’il ne fait même pas en silence, a récemment choisi la voie diplomatique… mais pas celle de l’État. Non. Il a préféré la diplomatie des complaintes, allant porter ses lamentations au chargé d’affaires américain Henry T. Wooster, comme un élève qui court dire au directeur que les surveillants l’embêtent.

Dans un pays souverain, cette image serait un scandale.
En Haïti, c’est un mardi ordinaire.

Fils-Aimé accuse le CPT – et plus spécifiquement Vertilaire-Augustin-Gilles, le triangle équilatéral de l’ambition – de vouloir confisquer l’appareil d’État, de prolonger leur règne transitoire sans date d’expiration, et de s’accrocher au pouvoir comme un naufragé à une planche.

Ironie du sort : ce sont exactement les accusations qu’on lui adresse aussi. Car dans ce pays, reprocher aux autres ce que l’on fait soi-même est devenu un sport national.

Le CPT : régulateurs du chaos ou architectes de la continuité ?

Si le CPT était un outil, ce serait un marteau : il tape partout, parfois sur les clous, souvent sur les doigts du peuple. Vertilaire, Augustin et Gilles, eux, vivent cette transition comme une mission sacrée, du moins officiellement.

Officieusement ? Ce sont trois hommes convaincus que l’Histoire leur doit au minimum un chapitre, au mieux un fauteuil.

Ils veulent durer. Ils veulent peser. Ils veulent exister au-delà du provisoire.

Et pour durer, ils redessinent les règles, contrôlent les leviers, verrouillent les portes, et se disputent le peu de pouvoir qu’offre un État presque vide.

Le résultat : une transition qui dure plus longtemps qu’un mandat, des promesses qui s’évaporent, et un pays qui attend… encore.

Les complaintes diplomatiques : nouvelle arme politique

La démarche de Fils-Aimé auprès du chargé d’affaires n’est pas anodine. Elle révèle une vérité brutale : en Haïti, la souveraineté est un concept poétique, pas une pratique politique.

Quand les acteurs nationaux ne se font plus confiance – ce qui arrive neuf jours sur dix – ils courent chercher un arbitre international. Washington, jadis simple spectateur, est devenu confident, psychologue, témoin et parfois père fouettard.

Fils-Aimé espère-t-il affaiblir le CPT ?
Ou cherche-t-il simplement l’onction diplomatique pour se repositionner dans le jeu ?

Dans les deux cas, c’est du déjà-vu : Haïti, ce pays où l’on gouverne non pas à coups de résultats, mais à coups de rapports, de recommandations, de chuchotements d’ambassade.

Le peuple : spectateur involontaire d’une lutte sans issue

Pendant que Fils-Aimé se plaint, que Vertilaire-Augustin-Gilles complotent, que le CPT manœuvre et que les États-Unis fustigent, le peuple observe. Fatigué. Usé. Impotent face à des acteurs qui jouent leur pièce sans jamais se demander s’il reste encore un public.

Le pays brûle parfois. Le pouvoir se bat toujours. Et la population survit comme elle peut.

Dans cette bataille pour la pérennisation du pouvoir, il n’y a pas de programme, pas de vision, pas d’avenir. Seulement des hommes effrayés à l’idée de redevenir citoyens ordinaires.

Dans la transition, c’est la transition qui gagne

La vraie constante du pouvoir en Haïti, ce n’est ni le CPT ni Fils-Aimé. C’est la transition elle-même : Éternelle. Inamovible. Insatiable.

Et pendant que les acteurs se disputent les lambeaux d’autorité qui restent, une vérité demeure :

En Haïti, le pouvoir ne se transmet pas. Il se conserve par la peur, il se protège par les alliances, et il se pérennise par les complaintes diplomatiques.

Le peuple, lui, continue à payer le ticket d’entrée pour un spectacle qu’il n’a jamais demandé.

Reynoldson Mompoint

mompointreynoldson@gmail.com

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