Opinion

Haïti : Cyclone Mélissa, cyclone CPT, un peuple malchanceux

Par Reynoldson Mompoint

Port-au-Prince, le 27 octobre 2025

Il y a des peuples qui dansent avec la chance, et d’autres qui s’y cognent depuis des siècles. Haïti, hélas, appartient à la seconde catégorie. À chaque saison, la nature et la politique semblent s’être donné la main pour rejouer le même drame : l’une détruit les toits, l’autre brise les espoirs. Et au milieu, le peuple — fatigué, affamé, debout par instinct — subit les deux tempêtes avec la même résignation mêlée de rage muette.

Le cyclone Mélissa a balayé le pays, mais le cyclone CPT l’avait déjà vidé. L’un arrache les maisons, l’autre arrache les institutions. L’un fait tomber les arbres, l’autre déracine la République. Au Nord comme au Sud, l’eau a tout pris : les biens, les routes, les illusions. Mais bien avant la pluie, c’était la politique qui inondait le pays de promesses pourries et de gouvernances débordées.

Quand la nature copie la politique

Mélissa n’a pas inventé le chaos : elle l’a seulement imité. Depuis des mois, le Conseil Présidentiel de Transition (CPT), ce gouvernement de l’à-peu-près, navigue sans gouvernail, distribuant les postes comme des vivres, gérant la nation comme un abri provisoire. Dans un pays où l’État est devenu un centre d’hébergement de politiciens sans vision, la catastrophe naturelle ne pouvait que suivre la catastrophe institutionnelle.

Et quand les eaux montent, les discours redescendent. Le Premier ministre, compassé, parle de “mobilisation nationale” pendant que les sinistrés pataugent dans la boue de leurs certitudes perdues. On promet encore une “aide internationale”, cette vieille morphine diplomatique qui calme sans guérir. Pendant ce temps, les citoyens s’organisent entre eux, les voisins deviennent secouristes, les enfants deviennent adultes, les pauvres deviennent héros.

Cyclone CPT : la saison des illusions

Le plus violent des deux cyclones n’est pas venu du ciel, mais du Palais. Le CPT, dans sa logique de continuité, a fait de la transition une profession et de l’échec un programme. On ne gouverne plus : on attend. On ne réforme plus : on prolonge. On ne rend pas de comptes : on partage les miettes du chaos. Haïti est ainsi devenue un bateau sans capitaine, balloté entre des vents étrangers et des ambitions locales. Et comme pour se moquer de nous, la pluie tombe toujours au moment où le peuple commence à espérer un rayon.

Un peuple malchanceux ou mal dirigé ?

La question n’est pas nouvelle, mais elle brûle davantage après chaque désastre. Car la malchance, en Haïti, a des visages : ceux des dirigeants. La Providence n’est pas responsable de nos digues fissurées, de nos budgets détournés, ni de nos routes transformées en rivières. Ce ne sont pas les nuages qui volent le trésor public. Ce ne sont pas les éclairs qui signent des décrets corrompus.

La malchance du peuple haïtien, c’est d’avoir confondu les faiseurs de discours avec les faiseurs de destin. C’est d’avoir cru que le changement viendrait des salons politiques alors qu’il dort dans les ruelles des quartiers populaires, dans les mains calleuses des cultivateurs, dans les yeux épuisés des mères qui recommencent chaque matin.

Le jour d’après

Demain, le soleil reviendra — timidement, comme toujours. Le CPT continuera ses réunions inutiles, les politiciens leurs querelles stériles, les ONG leurs bilans. Et le peuple, lui, reconstruira encore. Parce qu’il ne sait pas faire autrement. Mais un jour, peut-être, la vraie tempête viendra d’en bas. Pas une pluie d’eau, mais une pluie de conscience. Pas un vent qui déracine les arbres, mais un souffle qui renverse les imposteurs.

Ce jour-là, Haïti ne sera plus malchanceuse. Elle sera juste debout — enfin.

Reynoldson Mompoint

mompointreynoldson@gmail.com

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