Opinion

Emmanuel Vertilaire, Moïse Jean-Charles et la politique de la soumission consentie

Par Reynoldson Mompoint
Port-au-Prince, le 26 janvier 2026

Quand la trahison se confesse et que l’indignation sert de paravent aux compromissions passées

L’aveu d’Emmanuel Vertilaire a la crudité des vérités trop longtemps étouffées. Obéir aux injonctions des « Blancs », piétiner les intérêts d’Haïti, renier la ligne politique de Pitit Dessalines, puis s’en laver les mains au nom de l’absence de choix : voilà, résumée en quelques mots, la trajectoire politique d’un homme censé incarner la rupture. Cette confession, rapportée par Moïse Jean-Charles lors d’une interview radiophonique le 26 janvier 2026, n’est pas seulement un scandale. Elle est une radiographie fidèle du système politique haïtien et de ses faux rebelles.

Mais réduire cette affaire à la seule lâcheté d’Emmanuel Vertilaire serait une erreur analytique. Car derrière ce subalterne repentant se dresse une figure plus cynique encore : Moïse Jean-Charles lui-même, moraliste de circonstance, pyromane devenu pompier, qui feint aujourd’hui de montrer « la voie » alors qu’il a passé des années à baliser les chemins de l’ambiguïté.

Emmanuel Vertilaire : la corruption par la soumission et l’abrutissement politique assumé

Qu’un conseiller-président reconnaisse publiquement avoir obéi à l’international contre son propre pays relève d’un acte de corruption politique majeure. Non pas la corruption vulgaire des enveloppes, mais la plus pernicieuse : celle qui consiste à troquer la souveraineté contre une place à table. Emmanuel Vertilaire n’a pas été contraint. Il a accepté. Il a choisi le confort de l’obéissance plutôt que le risque de la dignité. Et ce choix révèle un crétinisme politique profond : croire que l’argument de la pression internationale absout la trahison nationale. En réalité, il ne fait que l’aggraver.

Ce type de politicien ne comprend rien à l’histoire haïtienne, rien à Dessalines qu’il prétend invoquer, rien au sens même du mot engagement. Il confond stratégie et capitulation, réalisme et abdication. Son passage au CPT n’aura été qu’une illustration de plus de cette élite politique incapable de dire non, incapable de penser par elle-même, incapable d’assumer le moindre coût politique pour le pays.

Moïse Jean-Charles : l’indignation tardive comme métier politique

Mais le plus indécent dans cette séquence reste la posture de Moïse.

Jean-Charles. Celui qui rapporte l’aveu se pose en guide, en conseiller avisé, en conscience politique. Il affirme avoir « indiqué la voie à suivre » à Emmanuel Vertilaire. Une affirmation qui frise l’insulte à l’intelligence collective.

Car Moïse Jean-Charles n’est pas un novice trahi par ses alliés. Il est un vétéran de la compromission stratégique, un homme politique dont le parcours est jalonné d’alliances opportunistes, de ruptures spectaculaires et de repositionnements constants au gré des rapports de force. Son histoire politique est celle d’un radical de discours et d’un pragmatique de coulisses.

Hier encore, il partageait des espaces, des plateformes et des projets avec ceux qu’il dénonce aujourd’hui. Hier encore, il négociait, transigeait, temporisait. Et lorsque le pouvoir lui échappe, lorsque les arrangements tournent à son désavantage, alors seulement surgit l’indignation. Toujours après. Jamais avant.

Pitit Dessalines : un nom lourd, une pratique légère

Le drame, c’est que Pitit Dessalines est devenu moins un projet politique qu’un slogan recyclé. Moïse Jean-Charles invoque Dessalines pour couvrir des choix tactiques qui en sont l’exact opposé. Il se drape dans le nationalisme pour masquer une incapacité chronique à rompre réellement avec le système qu’il prétend combattre.

Son rapport à ses alliés est constant : ils sont fréquentables tant qu’ils servent l’agenda, traîtres dès qu’ils deviennent encombrants. Emmanuel Vertilaire n’est pas une anomalie dans l’univers politique de Moïse Jean-Charles ; il en est une conséquence logique. On ne fabrique pas des hommes de caractère avec des arrangements flous et des compromis permanents.

Dénoncer aujourd’hui Vertilaire sans faire l’autocritique de ses propres choix relève d’une fraude morale. Moïse Jean-Charles n’a pas été trompé : il a parié, et il a perdu.

Le CPT : laboratoire de la médiocrité politique

Cette affaire confirme une vérité désormais évidente : le Conseil présidentiel de transition est un laboratoire de médiocrité, où se rencontrent la soumission assumée et l’indignation calculée. D’un côté, des hommes comme Vertilaire, qui obéissent sans réfléchir. De l’autre, des figures comme Moïse Jean-Charles, qui dénoncent sans jamais rompre complètement.

Pendant ce temps, l’international dicte, l’élite économique encaisse, et le peuple haïtien observe un spectacle grotesque où chacun se disculpe à voix haute pendant que le pays s’enfonce.

L’aveu de Vertilaire est un symptôme. La posture de Moïse Jean-Charles est la maladie. Tant que la politique haïtienne sera peuplée d’hommes qui veulent le pouvoir sans le prix qu’il exige, Haïti restera gouvernée par des obéissants et des indignés professionnels — jamais par des responsables.

Et dans cette tragédie nationale, le plus grand mensonge n’est pas la pression étrangère. C’est de faire croire que ceux qui y cèdent n’avaient vraiment pas le choix.

Reynoldson Mompoint, Avocat, Communicateur Social, Journaliste
mompointreynoldson@gmail.com
WhatsApp +50937186284

Constant Haïti

Constant Haïti est un journal en ligne enregistré au Ministère du Commerce et de l'Industrie. Ce journal évolue depuis janvier 2016. « Nous jurons que vous pouvez faire confiance à nos informations ».

Adblock détecté

Soutenez Constant Haïti en autorisant les publicités ! Chers lecteurs, Les publicités que nous diffusons nous permettent de continuer à vous offrir des informations de qualité, gratuitement. En désactivant votre bloqueur de publicités pour Constant Haïti, vous nous aidez à maintenir notre site en ligne et à produire des contenus indépendants qui vous tiennent informés. Nous faisons en sorte que les publicités restent discrètes et non intrusives. Merci pour votre soutien !