Après le 7 février 2026 : le CPT s’accroche, l’international observe

Par Reynoldson Mompoint
Cap-Haïtien, le 27 Janvier 2026
Le Conseil présidentiel de transition (CPT) n’avance plus masqué. Derrière un calendrier savamment orchestré, un groupe de cinq conseillers présidentiels tente d’imposer une continuité de pouvoir après le 7 février 2026, date pourtant chargée de sens constitutionnel et politique. Sous couvert de conférence nationale, de dialogue politique et de réaménagement gouvernemental, c’est une opération de survie institutionnelle qui se met en place, au mépris des règles, de la légitimité et du bon sens.
Le 7 février, loin de marquer une étape de sortie, devient le point de départ d’un nouveau cycle artificiel. Une conférence nationale d’un mois est annoncée, non comme une réponse à l’urgence sécuritaire, économique ou sociale, mais comme un écran procédural. Une mise en scène destinée à produire du temps, à occuper l’espace politique et à repousser toute exigence de reddition de comptes.
La Primature comme butin de transition
Dans ce dispositif, la révocation programmée du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et la nomination expéditive d’un Premier ministre intérimaire apparaissent comme des actes centraux. Le calendrier est révélateur : transmission précipitée d’un arrêté aux Presses nationales, rencontre arrangée avec le Premier ministre a.i., installation rapide à la Primature. Tout est pensé pour donner l’illusion de la normalité administrative.
Mais l’illusion ne tient pas. Aucun document conforme n’aurait été régulièrement soumis par le coordonnateur du CPT, Laurent Saint-Cyr, seul habilité à enclencher légalement la publication des actes engageant l’État. Cette absence fragilise l’ensemble de l’édifice et expose une pratique désormais assumée : contourner les procédures lorsque celles-ci deviennent contraignantes.
Une collégialité fictive, un pouvoir fragmenté
Le CPT, censé fonctionner sur la base d’une collégialité minimale, se révèle aujourd’hui comme un espace de rivalités internes et d’initiatives unilatérales.
Le groupe des cinq agit comme s’il détenait une délégation absolue, transformant un organe transitoire en cénacle décisionnel fermé, coupé de toute légitimité populaire. Ce glissement n’est pas accidentel. Il traduit une confusion volontaire entre transition et gouvernance durable, entre gestion provisoire et appropriation du pouvoir. En clair, le CPT ne prépare plus la sortie de crise : il organise sa propre reconduction.
L’international, arbitre silencieux mais décisif
Cette stratégie ne peut être dissociée du regard — et surtout du silence — de la communauté internationale. Les partenaires étrangers, qui ont accompagné, soutenu et parfois imposé l’architecture du CPT, se retrouvent face à leur propre responsabilité politique. Car aucune prolongation, même déguisée, ne peut se faire sans une tolérance externe, fût-elle passive.
Or, jusqu’ici, aucune condamnation ferme, aucune mise en garde publique ne vient rappeler que la transition haïtienne n’est pas un blanc-seing illimité. Ce mutisme diplomatique alimente l’audace des conseillers présidentiels et conforte l’idée que la stabilité minimale prime, une fois encore, sur la légalité et la souveraineté populaire.
Un pouvoir sans mandat face à une nation épuisée
Dans les cercles politiques et administratifs, le calendrier du groupe des cinq est déjà perçu comme une farce institutionnelle, déconnectée des réalités du pays. Pendant que l’insécurité étouffe les territoires, que l’économie s’asphyxie et que l’État se délite, le CPT s’adonne à des jeux de chaises musicales au sommet.
Ce qui se profile après le 7 février 2026 n’est ni une refondation ni une transition approfondie, mais une confiscation feutrée du pouvoir. Une tentative de prolonger l’exception en la maquillant sous des procédures creuses et des discours consensuels.
Le risque d’un point de non-retour
En persistant dans cette voie, le CPT engage Haïti dans une zone grise dangereuse : un pouvoir sans mandat, sans horizon clair, soutenu par des arrangements et toléré par l’international. Une situation où la légalité devient négociable et où la transition se transforme en impasse politique.
À force de repousser l’échéance, le CPT ne retarde pas seulement la démocratie : il en sape les fondements. Et lorsque l’exception dure trop longtemps, elle cesse d’être transitoire pour devenir une forme déguisée de domination politique.Reynoldson Mompoint, Avocat, Communicateur Social, Journaliste
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