RANAMSAP appelle l’État à agir : « Sans les Madan Sara, il sera difficile d’assurer la rentrée scolaire et des élections crédibles »

Port-au-Prince, 23 août 2026 – Le Rassemblement national des Madan Sara paysannes (RANAMSAP) a profité de la célébration de son huitième anniversaire, le samedi 22 août, pour interpeller les autorités haïtiennes sur la situation des commerçantes du secteur informel. Face à la dégradation du climat sécuritaire et aux difficultés économiques, l’organisation estime que les Madan Sara, véritables chevilles ouvrières de la distribution des produits agricoles et alimentaires, doivent être considérées comme des partenaires incontournables dans la préparation de la rentrée scolaire de septembre et des élections annoncées pour décembre.
Réunis dans leur nouveau local à Delmas 24, après avoir dû quitter leur précédent siège en raison de l’insécurité qui frappe plusieurs quartiers de la capitale, les responsables de l’organisation ont dressé le bilan de huit années d’engagement en faveur des marchandes. Malgré les menaces, les déplacements forcés et des engagements gouvernementaux restés sans suite, le RANAMSAP affirme poursuivre ses activités dans les dix départements du pays ainsi que dans plusieurs sections communales. L’organisation a également présenté sa nouvelle coordination départementale de l’Ouest, le « Bòd Lwès », appelée à renforcer l’encadrement des Madan Sara dans cette région.
La présidente du mouvement, Melita Pierre, a rappelé que les Madan Sara ne sont pas seulement des commerçantes, mais aussi des mères de famille qui soutiennent l’économie de milliers de foyers. Selon elle, les revenus générés par leurs activités permettent à de nombreuses familles de financer la nourriture, les fournitures scolaires, les uniformes et les frais de scolarité de leurs enfants. « Beaucoup de cadres et de professionnels du pays sont issus de familles de Madan Sara. Leur contribution mérite davantage de reconnaissance », a-t-elle fait valoir.
Le RANAMSAP rappelle avoir signé, il y a environ huit mois, un protocole d’accord avec le ministère du Commerce et de l’Industrie en vue de faciliter l’accès des commerçantes à des mécanismes d’accompagnement, notamment à l’approche de la rentrée scolaire. Toutefois, l’organisation déplore que les engagements contenus dans cet accord n’aient toujours pas été concrétisés. Elle demande au ministre du Commerce, James Monazard, d’accélérer la mise en œuvre des mesures promises, notamment celles visant à faciliter l’accès au financement et aux autres formes d’appui destinées aux Madan Sara.
Les responsables de l’organisation affirment privilégier le dialogue avec les pouvoirs publics plutôt que les mouvements de protestation. Ils invitent le Premier ministre, Alix Didier Fils-Aimé, à engager rapidement des discussions avec les structures représentatives du secteur afin d’identifier des solutions adaptées aux difficultés auxquelles font face les commerçantes.
La sécurité demeure toutefois au cœur des préoccupations du RANAMSAP. L’organisation souligne que les Madan Sara rencontrent d’importants obstacles pour circuler entre les régions, accéder aux marchés et transporter les marchandises, en raison de l’emprise des groupes armés sur plusieurs axes routiers. Cette situation affecte non seulement leurs revenus, mais également l’approvisionnement des marchés et la sécurité alimentaire de nombreuses familles.
Dans ce contexte, le RANAMSAP estime que les commerçantes doivent être pleinement associées aux discussions sur les prochaines échéances nationales. Selon ses responsables, il sera difficile d’assurer une rentrée scolaire normale ou d’organiser des élections inclusives et crédibles si les Madan Sara continuent d’être confrontées à l’insécurité et à l’absence de soutien de l’État. L’organisation insiste également sur la nécessité d’accorder une place plus importante aux femmes dans les processus de décision, considérant leur rôle essentiel dans la relance économique et la stabilité sociale du pays.
Au-delà de son plaidoyer, le mouvement met en avant ses actions en matière de renforcement des capacités. Depuis sa création, près de 120 jeunes, ainsi que plusieurs commerçantes, ont bénéficié de formations en entrepreneuriat, leadership, gestion d’entreprise et développement personnel, dans l’objectif de favoriser leur autonomie économique et une meilleure structuration du secteur.
À l’issue de cette célébration, le RANAMSAP a lancé un appel pressant au gouvernement pour qu’il assure un suivi rapide de ses revendications. L’organisation demande au Premier ministre et au ministre du Commerce de prendre contact avec ses dirigeants dans les plus brefs délais afin d’engager un dialogue formel et de concrétiser les engagements déjà pris. Elle fixe au 7 septembre l’échéance pour l’ouverture de ces discussions. Faute d’avancées, le mouvement prévient qu’il consultera les marchandes à travers le pays en vue d’entreprendre des actions de mobilisation, réaffirmant que les Madan Sara demeurent un pilier de l’économie nationale, sans lequel la rentrée scolaire et le processus électoral risquent d’être fortement compromis.
