Opinion

Leslie Voltaire ou l’art de se laver les mains pendant que le pays saigne

Par Reynoldson Mompoint
Port-au-Prince, le 03 février 2026

Il fallait oser le dire. Leslie Voltaire l’a fait, sans trembler, sans détour, sans la moindre gêne institutionnelle : si les groupes armés existent, prospèrent, résistent et verrouillent les routes nationales, ce n’est pas son affaire. Lui n’est ni policier, ni soldat. Il ne porte pas d’arme. Les routes bloquées, les quartiers pris en otage, les citoyens asphyxiés ? Responsabilité exclusive de la Police nationale d’Haïti.

Ainsi parle le pouvoir quand il a renoncé à gouverner.

Dans un pays normal, une telle déclaration provoquerait un séisme politique. En Haïti, elle passe presque comme une banalité. Parce que l’irresponsabilité est devenue une méthode, et la démission morale, une doctrine de gouvernance.

Car enfin, de quoi parle-t-on ? D’un État dont l’un des visages officiels affirme publiquement qu’il n’est concerné ni par la libération des routes, ni par la neutralisation des groupes armés. Comme si la sécurité nationale était un dossier administratif parmi d’autres, à classer dans un tiroir poussiéreux marqué PNH – à traiter quand possible.

Leslie Voltaire ne fait pas qu’accuser la police. Il confesse surtout l’échec total du pouvoir civil. Car la police n’est pas un État dans l’État. Elle agit — ou n’agit pas — sous l’autorité politique. Elle reçoit ses moyens, ses ordres, ses priorités et ses silences du pouvoir exécutif. Dire que la résistance des groupes armés ne le concerne pas, c’est reconnaître que l’État a abandonné sa mission première : garantir la sécurité collective.

Plus grave encore, cette déclaration sonne comme une absolution anticipée pour les criminels. Si les routes ne sont pas débloquées, ce n’est la faute de personne au sommet. Si les gangs imposent leurs lois, ce n’est qu’un problème technique.

Si la République est morcelée, ce n’est qu’un détail opérationnel.

Voilà comment on normalise le chaos.

En rejetant toute responsabilité sur la police, Leslie Voltaire participe à une vieille manœuvre haïtienne : utiliser la PNH comme paravent politique. Quand elle échoue, on la pointe du doigt. Quand elle souffre, on l’ignore. Quand elle manque d’effectifs, d’équipements, de renseignements et de soutien politique clair, on lui demande des miracles.

Mais qui nomme les chefs ? Qui négocie en coulisses avec les caïds ? Qui ferme les yeux sur les corridors logistiques des armes et des munitions Qui parle de transition pendant que le pays est coupé en morceaux ?

Certainement pas un simple policier au carrefour.

La vérité est brutale : les groupes armés ne résistent pas seulement à la police. Ils prospèrent dans le vide politique, dans l’ambiguïté du pouvoir, dans la lâcheté institutionnelle. Ils existent parce que l’État hésite, recule, négocie, temporise — puis accuse ses propres forces quand tout s’effondre.

Dire « ce n’est pas mon rôle » quand on est au sommet de l’appareil politique, ce n’est pas de l’humilité. C’est une désertion.

Et pendant que Leslie Voltaire explique ce qui ne le concerne pas, le peuple, lui, est concerné par tout : par les routes fermées, par les marchés paralysés, par les hôpitaux inaccessibles, par les morts anonymes sur l’asphalte.

Un pouvoir qui ne se sent pas responsable de la sécurité nationale n’est pas un pouvoir en transition. C’est un pouvoir en fuite.

Reynoldson Mompoint, Avocat, Communicateur Social, Journaliste
mompointreynoldson@gmail.com
WhatsApp +50937186284

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