Haïti : diplomatie circulaire et impuissance organisée de l’OEA et de la CARICOM

Par Reynoldson Mompoint
Cap-Haïtien, le 04 Février 2026
Washington discute, Port-au-Prince brûle. Le 2 février 2026, dans les salons feutrés de l’Organisation des États américains (OEA), la CARICOM a encore parlé d’Haïti. Sécurité. Gouvernance. Élections. Force de suppression des gangs. Transition. Les mêmes mots, le même rituel, la même liturgie diplomatique. Et, comme toujours, aucun résultat tangible pour un pays pris en otage par l’insécurité, la misère et l’illégitimité politique.
La présence du Groupe des Personnalités Éminentes (EPG) de la CARICOM – Kenny Anthony, Bruce Golding et Perry Christie – n’a rien d’innocent. Elle illustre une stratégie régionale qui se veut active, mais qui, dans les faits, se contente d’accompagner l’échec haïtien plutôt que de le confronter. Depuis des années, la CARICOM joue le rôle du médiateur poli, jamais celui de l’arbitre courageux.
Beaucoup de réunions, peu de courage politique
À Washington, on a encore « examiné » la situation sécuritaire, la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition prévue pour le 7 février 2026, et l’hypothèse d’élections en août 2026. Mais examiner n’est pas décider. Débattre n’est pas agir. Et Haïti n’a plus le luxe d’attendre des communiqués bien rédigés.
La Force de suppression des gangs (GSF), présentée comme la nouvelle panacée, reste une promesse floue, mal définie, sans calendrier clair ni contrôle démocratique crédible. OEA, CARICOM, Nations Unies : chacun y voit un outil, mais personne n’assume la responsabilité politique de son efficacité ou de son échec futur. Pendant ce temps, les gangs, eux, ne tiennent aucune réunion : ils avancent.
Le Conseil de transition : une hypocrisie internationale
La question centrale — la légitimité du pouvoir de transition — est soigneusement contournée. Le Conseil présidentiel de transition arrive à expiration sans bilan, sans crédibilité populaire et sans alternative claire. Pourtant, ni l’OEA ni la CARICOM n’osent dire l’évidence : ce mécanisme est à bout de souffle.
On préfère parler de « transition des arrangements de transition », une formule creuse qui masque une réalité brutale : la communauté internationale recycle les mêmes élites haïtiennes discréditées, espérant un résultat différent. C’est de l’acharnement diplomatique, pas de la stratégie.
Une paix sans Haïtiens, des élections sans État
Les discussions sur la « résolution collective des acteurs haïtiens » relèvent presque de la fiction politique. Quels acteurs ? Ceux qui vivent sous protection armée ? Ceux qui n’ont jamais été élus ? Ceux qui négocient leur survie politique à Washington pendant que la population survit dans la peur ?
Parler d’élections « libres et équitables » en août 2026, sans État fonctionnel, sans sécurité territoriale, sans registre électoral crédible, relève soit de l’illusion, soit du cynisme. L’OEA connaît pourtant la mécanique électorale. La CARICOM connaît les réalités caribéennes. Leur silence sur l’impossibilité concrète de ces élections est une faute politique.
Haïti n’a pas besoin de plus de réunions
Les rencontres parallèles avec les Bahamas, la Jamaïque, l’ONU, la BINUH et les représentants de la GSF montrent une intense activité diplomatique. Mais l’intensité ne remplace pas la cohérence. Haïti n’a pas besoin de plus de tables rondes, mais d’une rupture claire avec les recettes qui ont échoué depuis 2010.
En refusant de nommer les responsabilités, en évitant de conditionner leur soutien à de véritables ruptures politiques internes, l’OEA et la CARICOM deviennent, malgré elles, des gestionnaires de crise permanente, et non des acteurs de transformation. Haïti s’effondre pendant que ses « partenaires » s’organisent pour commenter sa chute.
L’histoire jugera sévèrement cette diplomatie du surplace, où l’on prétend sauver un pays sans jamais écouter son peuple, ni affronter ceux qui l’ont conduit au désastre.
Reynoldson Mompoint, Avocat, Communicateur Social, Journaliste
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