Opinion

Haïti : Laurent Saint-Cyr contre les huit autres, le CPT éclaté et la CARICOM en échec politique

Par Reynoldson Mompoint
Cap-Haïtien, le 27 Janvier 2025

Quand les protecteurs d’Alix Didier Fils-Aimé survivent à une transition qu’ils ont sabotée

La déclaration de la CARICOM du 27 janvier 2026 n’est plus seulement un message d’inquiétude diplomatique. Elle est désormais l’aveu implicite d’un échec politique régional : celui d’avoir voulu fabriquer, encadrer et stabiliser un Conseil présidentiel de transition (CPT) qui n’a jamais réellement tenu debout.

Pire encore, la CARICOM, incapable d’asseoir l’autorité et la cohérence du CPT, se repositionne aujourd’hui, sans honte ni autocritique, comme médiateur d’une nouvelle transition, alors même que l’ancienne n’est pas encore enterrée.

Les huit autres et la poupouterie ratée

La tentative avortée de révoquer le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé ne fut pas l’œuvre de “neuf” conseillers, mais bien celle des huit autres membres du CPT, engagés dans une poupouterie institutionnelle déjà déposée, déjà éventée, et politiquement morte-née. Cette initiative, présentée comme une prérogative consensuelle, s’est heurtée à un mur : Laurent Saint-Cyr, lui-même membre du Conseil, qui a choisi de se démarquer pour bloquer, neutraliser et désamorcer l’opération. Cet échec n’est pas collectif. Il est structuré.

Saint-Cyr, l’exception qui accuse les autres

En se distinguant des huit autres membres, Laurent Saint-Cyr n’a pas sauvé le CPT. Il a révélé sa véritable architecture. Là où les huit se sont exposés dans une manœuvre confuse, Saint-Cyr a joué la carte du verrou interne, protégeant méthodiquement Alix Didier Fils-Aimé, son frère de secteur économique, et pilier de la continuité politique rassurante pour certains intérêts américains.

Cette protection n’est ni idéologique ni institutionnelle. Elle est économique. Saint-Cyr n’agit pas pour la stabilité nationale, mais pour préserver un Premier ministre jugé compatible, lisible et acceptable par des partenaires étrangers qui exigent avant tout l’ordre minimal, la prévisibilité et l’absence de rupture.

Alix Didier Fils-Aimé : protégé aujourd’hui, jetable demain

Maintenu en poste grâce à ce jeu d’équilibre interne, Alix Didier Fils-Aimé incarne le profil parfait du Premier ministre fonctionnel : peu dérangeant, discipliné, sans velléité de réorientation stratégique. Mais cette protection est conditionnelle.

Comme Ariel Henry, il reste remplaçable. Le jour où il cessera d’être utile, ni Saint-Cyr ni l’international ne se battront pour lui. Le zèle n’a jamais garanti la survie politique. Il ne fait que retarder la chute.

La CARICOM : architecte défaillant, médiateur récidiviste

Le plus grave, dans cette séquence, n’est pas seulement l’éclatement du CPT, mais l’attitude de la CARICOM elle-même. L’organisation régionale, qui a participé à la mise en place du Conseil présidentiel, n’a jamais réussi à lui donner une assise politique réelle. Elle a produit un exécutif fragile, contradictoire, dépendant de rapports de force externes et internes.

Aujourd’hui, après cet échec manifeste, la CARICOM se propose encore comme facilitateur, comme si la répétition du même schéma pouvait miraculeusement produire un résultat différent. Cette posture frôle l’irresponsabilité politique. On ne répare pas un effondrement en recyclant les mêmes méthodes, les mêmes acteurs et les mêmes illusions de consensus.

Une transition finissante, une autre déjà confisquée

À l’approche du 7 février 2026, le CPT n’est plus un organe de transition, mais un champ de ruines politiques, où chacun tente de sauver sa position avant l’effondrement final.

Laurent Saint-Cyr, en se démarquant des huit autres, a choisi la survie stratégique plutôt que la responsabilité historique. Les huit, eux, resteront associés à une tentative ratée et à une transition vidée de sens.

Quant à la CARICOM, elle devra répondre à une question simple : comment prétendre arbitrer une nouvelle transition quand on a échoué à faire fonctionner la précédente ? L’histoire est parfois cruelle, mais elle est précise.

Et elle n’oublie jamais ceux qui gouvernent sans jamais assumer.

Reynoldson Mompoint, Avocat, Communicateur Social, Journaliste
mompointreynoldson@gmail.com
WhatsApp +50937186284

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