Opinion

Ordonnateurs, comptables des deniers publics et auditeurs : voleurs de développement et d’avenir

Par Reynoldson Mompoint
Cap-Haïtien, le 26 janvier 2026

Ils ne pillent pas les banques à visage découvert. Ils ne brûlent pas les marchés publics et ne dressent pas de barricades dans les rues. Pourtant, ils sont au cœur de l’effondrement de l’État haïtien.

Ordonnateurs, comptables des deniers publics et auditeurs complaisants constituent aujourd’hui la chaîne invisible mais déterminante du pillage national. Leur crime est administratif, leur arme est la signature, leur champ de bataille est le budget public.

Le crime silencieux des bureaux climatisés

En Haïti, la corruption a cessé d’être une déviance pour devenir une méthode de gouvernance. Elle ne se crie pas, elle se documente. Elle ne s’exhibe pas, elle se paraphe. Derrière chaque projet fantôme, chaque chantier inachevé, chaque service public moribond, se cache un acte administratif volontairement vicié.

Le drame est là : le pays ne s’effondre pas par accident, il est méthodiquement vidé par ceux qui étaient censés le protéger.

L’ordonnateur : le déclencheur du pillage

L’ordonnateur est la première pièce du mécanisme. Il engage l’État, décide de la dépense, autorise la fuite des fonds. Trop souvent, il ordonne sans vision, sans planification, sans souci de l’intérêt général. Il signe pour plaire, pour récompenser, pour s’acheter des loyautés politiques.

Les marchés publics deviennent des instruments de redistribution mafieuse. Les appels d’offres sont biaisés, les montants gonflés, les délais ignorés. Ce n’est plus la compétence qui décide, mais l’appartenance au réseau. L’État devient une vache à lait, et le budget, un butin à partager.

Le comptable public : le complice technique

Le comptable n’est pas un simple exécutant. Il est le verrou moral et technique du système financier public. Quand il cède, tout s’effondre. En Haïti, il cède trop souvent. Il enregistre ce qu’il sait faux. Il paie ce qu’il sait illégal. Il valide ce qu’il sait injustifiable.

Derrière les écritures comptables se cache une abdication de responsabilité. La règle devient négociable, la procédure adaptable, la loi interprétable selon les intérêts du moment. Ainsi, la comptabilité publique cesse d’être un outil de contrôle pour devenir un alibi administratif.

L’auditeur : le dernier rempart qui trahit

L’auditeur devrait être la conscience de l’État. Il devrait alerter, dénoncer, documenter. Mais trop souvent, il choisit la neutralité complice. Il audite pour rassurer, non pour révéler. Il écrit pour protéger les coupables, non pour défendre l’intérêt public.

Les rapports d’audit deviennent des exercices de style, remplis de formulations vagues, de recommandations sans suites, de constats sans sanctions. L’irrégularité est minimisée, la responsabilité diluée, la vérité enterrée sous des pages de jargon technique.

Un développement saboté à la racine

Comment parler de développement quand les fonds destinés aux écoles nourrissent des comptes privés ? Comment parler de sécurité quand les budgets sont détournés avant d’atteindre la police ? Comment parler de santé publique quand les hôpitaux sont sacrifiés sur l’autel de la corruption ?

Ce système ne produit ni routes durables, ni institutions solides, ni avenir collectif. Il produit de la misère organisée et de l’instabilité permanente. Il alimente l’exode, la colère sociale et la perte totale de confiance envers l’État.

Le vol de l’avenir collectif

Le plus grand crime de ces voleurs à col blanc n’est pas le détournement en soi. C’est le vol du futur. Chaque gourde détournée est une salle de classe en moins, un emploi qui n’existe pas, une jeunesse condamnée à survivre plutôt qu’à construire.

Ils ne volent pas seulement l’argent public. Ils volent le temps, l’espoir et la possibilité même d’un redressement national.

Sans justice, aucune refondation possible

On ne refonde pas un État avec les mêmes ordonnateurs corrompus, les mêmes comptables compromis et les mêmes auditeurs silencieux. Tant que ces acteurs resteront intouchables, aucune transition, aucun discours, aucun plan de relance ne sera crédible.

La corruption administrative est un crime politique majeur. Elle mérite des sanctions exemplaires, une traçabilité réelle et une rupture nette avec l’impunité institutionnalisée.

Haïti face à son miroir

Haïti ne manque pas de ressources. Elle manque de responsabilité. Elle ne manque pas de cadres. Elle manque de courage moral. Elle ne manque pas de diagnostics. Elle manque de justice.

Et tant que les ordonnateurs, les comptables et les auditeurs continueront à voler le développement et l’avenir en toute tranquillité, le pays restera prisonnier d’un présent sans horizon.

Reynoldson Mompoint, Avocat, Communicateur Social, Journaliste
mompointreynoldson@gmail.com
WhatsApp +50937186284

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