Opinion

Gustavo Petro se donne du courage ou est prêt à répliquer à une invasion trumpienne ?

Par Reynoldson Mompoint

Port-au-Prince, le 05 janvier 2025

Gustavo Petro ne parle pas à la légère. Quand il évoque la guerre, la clandestinité et la possibilité de reprendre les armes « pour la Patrie », ce n’est ni une posture romantique ni un excès de lyrisme latino-américain. C’est un message politique lourd, lancé dans un contexte international saturé de menaces, de chantages et d’arrogance impériale made in Washington. La question n’est donc pas de savoir si Petro se donne du courage, mais à quel point il a compris que la Colombie est désormais dans le viseur de la logique trumpienne de la force.

Ses mots sont sobres, presque austères : il rappelle qu’il n’est ni militaire de carrière ni aventurier de salon. Il parle en homme qui a connu la clandestinité, la violence politique, la guérilla, puis la paix. En affirmant avoir juré de ne plus toucher une arme depuis le Pacte de paix de 1989, Petro pose une ligne morale claire. Mais en ajoutant qu’il la franchira si la Patrie est menacée, il envoie un signal limpide : la souveraineté colombienne n’est pas négociable.

Cette déclaration n’arrive pas dans le vide. Elle surgit dans un climat de tension extrême, où Donald Trump, dans sa logique de « reconquête de l’Amérique », désigne les États latino-américains comme des territoires suspects, conditionnels, révocables. Après le Venezuela, après l’exfiltration spectaculaire de Nicolas Maduro, la Colombie n’est plus seulement un allié stratégique : elle devient un espace sous surveillance, sommé de se conformer ou de s’exposer.

Trump ne distingue pas les nuances. Pour lui, la Colombie reste un pays de cocaïne, de guérillas et de routes du narcotrafic. Peu importe que Bogotá ait été pendant des décennies le partenaire le plus docile des États-Unis dans la région, recevant bases militaires, conseillers, financements et ingérences. Dans la vision trumpienne, l’allié n’existe que tant qu’il obéit sans discuter.

C’est dans ce contexte que Petro se défend avec une insistance presque pédagogique : « Je ne suis ni illégitime, ni narco. » Cette phrase est une gifle politique. Elle vise directement la rhétorique américaine qui, depuis des décennies, criminalise les dirigeants latino-américains pour mieux justifier sanctions, interventions et renversements.

Petro expose ses comptes, sa maison familiale, son salaire. Il oppose la transparence personnelle à la diffamation géopolitique. Il dit, en substance : vous ne pourrez pas me salir pour m’abattre.
Mais derrière cette défense morale se cache une réalité plus grave : la Colombie comprend qu’elle pourrait être la prochaine pièce sacrifiée sur l’échiquier impérial. Non pas par une invasion classique, mais par une escalade hybride : pressions diplomatiques, accusations de laxisme face au narcotrafic, sanctions ciblées, isolement régional, voire opérations militaires « préventives » sous couvert de sécurité.

Lorsque Petro parle de reprendre les armes, il ne menace pas Washington. Il prévient son propre peuple. Il rappelle que la paix n’est jamais acquise face à un empire qui méprise le droit international et transforme la lutte antidrogue en alibi permanent de domination. Il sait que les États-Unis n’ont jamais hésité à militariser la région, à soutenir des coups tordus, à imposer leur loi au nom d’une morale qu’ils violent eux-mêmes.

La posture de Petro tranche avec la tradition colombienne de soumission stratégique. Elle dérange. Elle inquiète. Elle est immédiatement reprise, commentée, disséquée par la presse internationale. Non parce qu’elle est belliqueuse, mais parce qu’elle rompt avec le silence. Pour la première fois depuis longtemps, un président colombien parle comme un chef d’État souverain, pas comme un préfet de l’empire.

Alors, courage ou préparation ? Les deux.Le courage de nommer la menace. La préparation mentale à une confrontation qui pourrait ne pas être militaire au sens classique, mais politique, économique et symbolique. Petro sait que Trump ne respecte ni les alliances, ni les traités, ni les frontières dès lors qu’ils entravent sa vision de domination.

Dans ce monde où le droit international est piétiné par ceux-là mêmes qui prétendent l’incarner, la déclaration de Gustavo Petro sonne comme un avertissement : la Colombie ne se laissera pas traiter comme une colonie sous tutelle sécuritaire.

Et si Trump cherche des proies dociles, il vient peut-être de découvrir que, cette fois, la Colombie a relevé la tête.

Reynoldson MOMPOINT

mompointreynoldson@gmail.com

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