Opinion

Haïti : la rapine d’État sous tutelle internationale

Par Reynoldson Mompoint

Port-au-Prince, le 26 décembre 2025

Pendant que le peuple haïtien enterre ses morts, compte ses déplacés et survit dans un État fantôme livré aux gangs, ceux qui prétendaient incarner la transition démocratique peaufinent, dans l’ombre, les clauses d’une retraite dorée. Le Conseil présidentiel de transition (CPT), ce corps déjà entré dans l’histoire comme l’un des plus grands fiascos politiques contemporains, prépare méthodiquement son indemnisation de fin de mandat. Une opération financière indécente, cynique, et surtout révélatrice d’un système de crimes politiques et financiers dont la communauté internationale porte une part de responsabilité directe.

Selon des informations révélées par Métronome, un projet d’arrêté en circulation prévoit que les conseillers présidentiels réclament chacun une indemnité oscillant entre 500 000 et 600 000 dollars américains. Mais l’avidité ne s’arrête pas là. Le secrétaire général de la présidence, celui de la Primature, ainsi que les directeurs généraux et directeurs généraux adjoints seraient eux aussi servis.
Dans ce projet, l’arrêté du 23 novembre 2005 serait modifié pour offrir aux secrétaires généraux une indemnité de séparation de 2 500 000 gourdes, une exonération douanière pour un véhicule personnel, et la prise en charge par l’État de deux agents de sécurité pendant six mois. Les directeurs généraux et leurs adjoints empocheraient 1 700 000 gourdes chacun. Plus grave encore, l’article 2 prévoit la création d’un « secrétariat » à durée indéterminée pour toute personne ayant exercé les fonctions de président ou de chef de gouvernement, avec sécurité rapprochée, moyens de transport et frais de fonctionnement entièrement à la charge de l’État haïtien.
Autrement dit, l’échec se paie cash, et la faillite devient un privilège institutionnalisé.

Un crime financier dans un pays exsangue

Ce pillage légal survient dans un contexte où l’État haïtien est incapable d’assurer les fonctions les plus élémentaires : sécurité, santé, éducation, justice.

Des millions de citoyens vivent sous la menace permanente des armes, pendant que les caisses publiques, alimentées en partie par l’aide internationale, servent à garantir le confort post-mandat de dirigeants qui n’ont rien produit, rien réformé, rien stabilisé.
Il s’agit là d’un crime financier, au sens moral et politique du terme. Non pas un simple abus, mais une spoliation organisée, planifiée, écrite noir sur blanc, dans un pays où le salaire minimum ne permet même pas de manger décemment.

La responsabilité écrasante de l’international

Mais il serait malhonnête de limiter l’indignation aux seuls membres du CPT. Car ce conseil n’est pas né d’une volonté populaire. Il est le produit direct d’un consensus diplomatique, d’un bricolage international imposé à Haïti sous couvert de stabilité. Les ambassades, les missions spéciales, les chancelleries et les organisations internationales ont validé, soutenu, financé et légitimé ce pouvoir sans légitimité.

En fermant les yeux sur les dérives, en continuant à dialoguer avec des acteurs manifestement incompétents et déconnectés de la réalité haïtienne, l’international s’est rendu complice. Complice d’un système où l’échec politique est récompensé, où l’irresponsabilité devient un droit acquis, et où l’aide internationale, censée soulager la misère, sert indirectement à financer des privilèges obscènes. Ce silence diplomatique face à la rapine est une faute grave. Car il envoie un message clair : en Haïti, on peut échouer, trahir, appauvrir un peuple, et partir riche, protégé, sécurisé, aux frais de la nation.

Une transition contre le peuple

À quelques semaines de la fin de leur mandat, les membres du CPT démontrent, une fois de plus, que cette transition n’a jamais été pensée pour le peuple, mais contre lui. Elle aura servi à recycler des élites, à maintenir des équilibres internationaux, et à perpétuer un système de prédation d’État.

L’histoire jugera sévèrement cette période. Elle retiendra que pendant que le pays sombrait, des hommes et des femmes, adoubés par la communauté internationale, se sont assurés un avenir confortable sur les ruines d’une nation.

Et le peuple haïtien, une fois encore, paiera la note.

Reynoldson Mompoint

mompointreynoldson@gmail.com

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