Le mal d’Haïti, un mariage d’élite sans vergogne

Par Reynoldson Mompoint
Port-au-Prince, le 12 décembre 2025
Il y a des vérités qui ne se disent pas à demi-voix. Elles ne supportent ni le murmure, ni le compromis. Elles exigent le marteau, le choc, la déchirure. Haïti, aujourd’hui, n’est pas simplement un pays en crise. C’est un pays pris dans un mariage forcé, un concubinage d’intérêts où les élites — politiques, économiques, intellectuelles, religieuses — ont juré fidélité non pas au peuple, mais à leurs privilèges respectifs. Et quand une élite trahit, c’est un peuple entier qui agonise. Quand toutes trahissent ensemble, c’est une nation qui s’effondre.
L’élite politique : l’art de régner sans gouverner
Elle est la première pierre du scandale national. L’élite politique haïtienne a transformé la fonction publique en une entreprise familiale, un patrimoine transmissible, un butin à diviser entre camarades, courtisans, parrains et filleuls.
Ici, le pouvoir n’est pas une mission : c’est une rente, une assurance-vie. Gouverner ? Non. Se maintenir ? Oui. Le peuple n’est plus une boussole, seulement une masse utile chaque 5 ans — ou jamais, selon la convenance du moment.
Cette élite, depuis 1986, a maîtrisé une formule immuable : promettre pour accéder, trahir pour rester, piller pour prospérer. Elle n’a plus de vision, plus d’âme, plus d’honneur. Elle a même perdu la honte.
L’élite économique : les parrains d’un État à genoux
Si la classe politique est coupable, la classe économique est co-auteur. Leur mariage est un pacte sans pudeur : l’État laisse faire, l’oligarchie paie le silence. Les mêmes familles, les mêmes consortiums, les mêmes réseaux contrôlent l’importation, l’énergie, les ports, les télécoms, le crédit, la survie.
Ils prospèrent quand l’État échoue. Et comme l’État échoue toujours, leurs comptes gonflent, pendant que les classes moyennes fondent et que le peuple s’enfonce.
Haïti est devenu un marché captif, une économie prise en otage, où le consommateur paie la facture de l’inefficacité, de la monopolisation et de l’absence d’investissement productif. L’oligarchie investit peu mais prélève beaucoup. Le pays, lui, n’a plus de muscles économiques pour se défendre.
L’élite intellectuelle : la désertion des cerveaux
Autrefois conscience nationale, l’élite intellectuelle est devenue un paysage de spectateurs éclairés mais silencieux. Elle disserte, analyse, conceptualise… mais rarement agit. Elle occupe les plateaux, signe des tribunes, anime des conférences, mais elle fuit l’arène du changement.
En Haïti, même les idées ont peur. Cette élite, pourtant la plus capable d’émanciper le pays, s’est réfugiée dans l’observation stérile ou l’exil confortable. Le peuple, lui, attend encore une parole structurante, une pédagogie de rupture, un chemin.
L’élite religieuse : bénédiction en option, compromission en forfait
Regardons cette élite spirituelle, devenue gestionnaire d’influence.
Les églises, temples, missions et fraternités moralisent le peuple mais ferment les yeux sur la corruption des puissants auxquels elles doivent faveurs, terrains, exemptions et privilèges.
Quand le pays brûle, elles prient. Quand il meurt, elles collectent. Quand il se soulève, elles exhortent à la patience — toujours à sens unique. Le spirituel, en Haïti, sert trop souvent de sédatif social.
L’élite internationale : la belle-mère du mariage toxique
Dans ce mariage sans amour, l’international joue le rôle de belle-mère intrusive : elle finance, impose, sanctionne, dicte, corrige, applaudit, menace. Elle prétend sauver Haïti, tout en le tenant sous perfusion. Elle se dit alliée du peuple, mais traite avec les élites qui l’étouffent.
Aucune élite nationale ne peut prospérer sans elle. Aucune décision majeure ne se prend sans son assentiment. Et pourtant, aucune responsabilité ne lui est jamais assignée.
Un mariage sans divorce possible ?
Haïti est coincé dans ce mariage d’élites sans vergogne, où chacun joue sa partition dans une symphonie de destruction lente : les politiques, par la prédation et l’incompétence ; les économiques, par la monopolisation et la cupidité ; les intellectuels, par la passivité et la fuite ; les religieux, par la complaisance morale ; l’international, par l’ingérence sélective. Le peuple, lui, n’est ni invité au mariage, ni bénéficiaire du banquet. Il est la caution, la victime, l’otage.
Le pays se sauvera par le divorce, pas par la thérapie
Tant que ces élites continueront d’être complices dans l’immobilisme, Haïti n’avancera jamais. Le salut exige un divorce national : rupture des pactes occultes, fin du clientélisme, redistribution des responsabilités, refondation de la gouvernance.
Haïti n’est pas condamné.
Ce sont ses élites qui doivent l’être — politiquement, légalement, moralement. Un pays ne meurt jamais de pauvreté. Il meurt de trahison… quand ceux qui devraient le servir s’unissent pour le consommer.
Reynoldson MOMPOINT
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