La candidature des sanctionnés : quand les damnés de la Communauté internationale veulent devenir les sauveurs de la République

Par Reynoldson Mompoint
Port-au-Prince, le 09 décembre 2025
En Haïti, rien ne meurt jamais complètement : ni les scandales, ni les hommes qui les portent. Voilà que s’avance, comme un mauvais carnaval en saison de deuil, la question brûlante de la candidature des sanctionnés internationaux — ces politiciens et hommes d’affaires frappés par les sanctions américaines, canadiennes ou onusiennes, mais qui entendent malgré tout se porter candidats dans les prochaines élections. La Constitution, le décret électoral, la raison politique, la morale publique ? Pour eux, ce ne sont que des décors. De simples accessoires dans la grande comédie haïtienne.
Un pays sous sanctions, mais des sanctionnés candidats : le paradoxe haïtien érigé en système
Dans un État normal — un État avec une colonne vertébrale — la question ne se poserait même pas : un individu frappé pour corruption grave, financement de gangs ou enrichissement suspect serait automatiquement écarté de toute prétention politique.
Mais en Haïti, ces mêmes sanctionnés se comportent non comme des parias, mais comme des messies autoproclamés. Ils annoncent, murmurent, manœuvrent :
— « Le peuple m’attend »
— « Les sanctions ne sont pas judiciaires »
— « La Constitution ne dit pas clairement… »
Et les voilà qui testent encore une fois les limites d’un pays qui n’en a plus.
La Constitution haïtienne : un texte clair que les politiciens aiment rendre flou
Face à eux, la Constitution de 1987 — cette Constitution malmenée, violée, torturée, mais toujours debout — pose pourtant des garde-fous.
Article 135 : pour être Président de la République, il faut n’avoir jamais été condamné à une peine infamante. Les sanctionnés rétorquent : — « Nous ne sommes pas condamnés, juste sanctionnés ».
Argument facile, mais mensonger. La Constitution ne parle pas que de condamnation. Elle parle aussi de bonne moralité, de probité reconnue, de respect des lois, d’intégrité.
Un homme sanctionné pour corruption transnationale, pour financement de gangs ou pour association avec narco-trafiquants, n’a-t-il pas déjà perdu sa probité, sa moralité, son crédit civique ?
Faut-il un jugement pénal formel, lorsque le dossier moral est déjà un cimetière ?
Le décret électoral : la porte que les sanctionnés veulent défoncer
Le dernier décret électoral, comme les précédents, exige des candidats :
Casier judiciaire vierge
Intégrité morale et civique
Non-implication dans des actes contraires aux intérêts fondamentaux de la Nation
Les sanctions Magnitsky ne sont pas des condamnations pénales, certes — mais ce sont des accusations graves, étayées, publiques, qui touchent précisément aux intérêts fondamentaux de la Nation : corruption, blanchiment, détournement, financement de violence armée.
À quel moment la République a-t-elle accepté de confier son avenir à ceux qu’elle accuse de l’avoir ruinée ?
La Communauté internationale : le juge qui sanctionne le soir et légitime le matin
La grande ironie — le grand scandale — est là : la Communauté internationale sanctionne, mais ne s’oppose jamais clairement à ce que les sanctionnés se portent candidats.
Les USA publient une liste.
Le Canada frappe du marteau. L’ONU en ajoute une couche.
Puis, la même communauté demande des élections inclusives. Inclusives de qui ?
Inclusives de quoi ? Inclusives au point de laisser les sanctionnés revenir comme des chérubins qui n’auraient jamais goûté au fruit interdit ?
Cette hypocrisie internationale est le miroir de notre propre lâcheté.
Le peuple, pris en otage entre les corrompus d’ici et les juges de là-bas
Au cœur de la scène, un peuple épuisé observe la procession grotesque : les hommes accusés de l’avoir affamé, appauvri, terrorisé, veulent maintenant lui demander un vote de confiance.
Les sanctionnés se présentent comme victimes, alors que le peuple demeure le seul véritable condamné dans cette histoire : condamné à la misère, à la violence, l’impunité.
Dans n’importe quel pays doté d’un minimum d’éthique publique, la question serait close : un sanctionné ne peut être candidat. Point final. Mais en Haïti, tout se discute, tout se négocie, tout s’arrange, même ce qui devrait être inarrangeable.
la République en otage, la loi en lambeaux
La candidature des sanctionnés n’est pas un débat juridique. C’est un test moral.
Un test que les élites haïtiennes échouent chaque fois.
Car une République qui autorise un sanctionné à briguer la magistrature suprême n’est plus une République — c’est un butin, une carcasse, un pays où la Constitution n’est plus qu’un mouchoir de poche.
Si demain les sanctionnés deviennent candidats, ce ne sera pas une victoire politique : ce sera une défaite nationale, une capitulation collective, un certificat de décès pour la crédibilité de l’État haïtien.
Reynoldson Mompoint
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