Opinion

Lamothe–Martelly : l’union des faux-frères enfin déchirée

Par Reynoldson Mompoint

Port-au-Prince, le 07 décembre 2025

Il y a des unions politiques qui se terminent comme des mariages forcés : avec fracas, amertume et confession tardive. Enfin, Laurent Salvador Lamothe, l’ex-génie technocrate promu au devant de la scène nationale par Michel Joseph Martelly, rompt le pacte. Il arrache le dernier fil de loyauté qui rattachait encore son nom à celui du chanteur-président. Fin de l’hypocrisie. Fin du masque. Fin du carnaval rose.

Dans un message glacial posté sur Instagram, Lamothe coupe court : « rupture totale, définitive, irréversible ». Le mot irréversible sonne comme un marteau sur l’ancien royaume Tèt Kale. L’homme dit que tout était fini depuis longtemps — 2014 pour être exact — mais que le 9 juillet 2021, lendemain du meurtre de Jovenel Moïse, a scellé la tombe d’une amitié politique déjà agonisante. Depuis ce jour, selon lui, l’ingratitude a pris la parole là où la loyauté a rendu l’âme.

Chronique d’une désillusion annoncée

Les Haïtiens se rappellent encore : Lamothe était le bras droit, le visage lissé, la parole calibrée, celui qu’on envoyait expliquer, justifier, absorber la colère populaire pendant que Martelly dansait la politique comme un compas endiablé.

Ce duo, construit à Miami comme un projet d’affaires, devenu alliance politique en 2012, s’était présenté comme la modernité rose : projets d’infrastructures, voyages internationaux, conférences, photos brillantes. Mais derrière les projecteurs, il y avait le grincement des dents, les clans, les jalousies et les batailles d’influence.

Lamothe, aujourd’hui, vide son sac et avoue que son soutien à Martelly fut « la plus grande erreur de sa vie ». Une phrase qui résonne comme un divorce prononcé sans pension alimentaire, sans nostalgie, sans retour possible.

2021 : le silence qui tue

Le moment clé — selon Lamothe — reste l’assassinat de Jovenel Moïse. Dans les heures sombres qui ont suivi le crime, il dit avoir observé un silence assourdissant, une prudence complice, une distance glaciale de la part de Martelly.

Pour Lamothe, ce silence fut plus violent que mille trahisons. C’est là que la confiance s’est brisée, que le vernis rose s’est écaillé, que le cœur du clan s’est révélé : un univers de calculs froids, de manipulations, de jeux doubles.

Un monde où l’on assassine non seulement les présidents, mais aussi les amitiés, les loyautés, les histoires communes.

Un acte politique… ou un repositionnement ?

Soyons clairs : la rupture n’est pas qu’un cri de cœur. C’est une opération politique.
Une tentative de réécrire l’histoire avant que l’histoire ne vous enterre.

Lamothe cherche à reprendre le contrôle de son héritage, à se distinguer d’un Martelly devenu symbole d’une classe politique déchue, éclaboussée par des scandales, fissurée par les affaires, affaiblie par la division interne des Tèt Kale.

En jetant son ancien mentor sous le bus, Lamothe tente de se défaire du poids de PetroCaribe, du système TK, et du passé qui colle aux semelles.

C’est un exercice de purification. Un lavage public à l’eau froide. Reste à savoir si ce bain glacé suffira à laver dix ans de liens roses.

Que reste-t-il du royaume rose ?

Jovenel Moïse assassiné, existence du dualisme Phtk|Jovenelisme.

La séparation Lamothe–Martelly est plus qu’un simple conflit entre deux hommes : c’est un séisme dans l’architecture politique du pays.

Les réseaux TK se fissurent.

Les anciens collaborateurs se retrouvent orphelins, ne sachant plus quel camp choisir. La scène politique, déjà en ruine, voit s’effondrer l’un des derniers piliers symboliques de l’ère post-séisme.

Martelly perd un allié de taille. Lamothe perd une part de son passé. Mais le peuple haïtien, lui, ne gagne toujours rien — si ce n’est une nouvelle preuve que la politique chez nous n’est qu’un théâtre, où les acteurs changent de rôle, mais jamais de costume.

Épilogue d’une alliance qui n’aurait jamais dû exister

Ce 6 décembre 2025, ce n’est pas seulement Lamothe qui parle : c’est une génération politique qui s’effrite. Une illusion qui s’effondre. Un système qui se déchire de l’intérieur.

La rupture des deux hommes n’est pas une tragédie : c’est un dévoilement. Elle révèle ce que nous savions déjà : dans ce pays, les alliances ne sont jamais faites pour le peuple, mais toujours contre lui.

Lamothe et Martelly ne sont plus frères d’armes. Ils ne sont plus complices. Ils ne sont plus une équipe.

Ils ne sont aujourd’hui que deux survivants d’un naufrage politique, tentant chacun d’écrire une version différente du même chapitre.

Reynoldson MOMPOINT

mompointreynoldson@gmail.com

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