Haïti : ONA et assurés : le sol glissant offert aux élites politiques et économiques

Par Reynoldson Mompoint
Port-au-Prince, le 03 décembre 2025
Il y a des institutions en Haïti qui ressemblent à des cimetières de promesses. L’ONA en fait partie. Une caisse censée protéger les travailleurs, mais depuis trente ans transformée en coffre-fort ouvert pour la même aristocratie politique et économique qui traite le pays comme un terrain familial. Ici, les assurés espèrent une retraite ; là, les élites récoltent des dividendes.
L’ONA, à force de manipulations, est devenue un sol glissant, un parc d’attractions réservé à ceux qui possèdent déjà tout : contrats douteux, prêts VIP jamais remboursés, investissements fantômes, fonds qui se volatilisent comme la dignité du pays sous le soleil de midi. Le travailleur, lui, continue de verser — comme on jette des pièces dans un puits sans fond — tandis que les grands messieurs et grandes madames du jeudi soir roulent en SUV flambant neufs achetés avec des gages sur l’avenir des autres.
Un État qui protège les loups et expose les moutons
Dans un pays normal, l’ONA serait un instrument de justice sociale. En Haïti, elle devient l’arme idéale pour soigner la misère et enrichir l’ingratitude. Les Directeurs successifs se succèdent comme les prêtres d’un culte pervers, chacun entrant avec la promesse sacrée de remettre l’institution sur pied pour finalement repartir avec un morceau du cadavre sous le bras.
Pendant que les assurés passent leurs journées à faire la queue, à espérer la signature d’un cadre administratif en retard depuis trois semaines, les élites politiques et économiques ne connaissent ni queue, ni délai : un appel, une lettre d’introduction, et le coffre s’ouvre. Le pays ne possède pas d’institutions ; il possède des régimes de privilèges.
ONA, une rente pour les initiés
Les prêts ONA deviennent une rente perpétuelle pour les proches du pouvoir : députés caméléons, hommes d’affaires kleptocrates, directeurs insatiables et jeunes loups en costume qui confondent “fonds publics” avec “fonds personnels”. Les gens qui cotisent, eux, ont droit à quoi ? À la poussière. À leur propre silence. À leur propre pauvreté.
Et ce théâtre, tout le monde le regarde sans applaudir — mais sans bouger non plus. Parce que chaque régime, chaque gouvernement, chaque coalition, même les plus réformistes, finissent par comprendre l’utilité de cette vache qu’on ne trait jamais pour les travailleurs, mais toujours pour les copains du système.
L’assuré comme dernière blague de la République
Lorsque l’ONA tombe en déficit, ce n’est jamais la faute de ceux qui siphonnent mais de ceux qui cotisent. Les élites politiques montent à la radio pour parler “d’ajustements” et “de mesures d’équilibre”. Équilibre pour qui ? Pour quoi ? Pour sauver la poule qu’ils ont déjà vidée de ses œufs.
Pendant que les travailleurs rêvent d’une vieillesse décente, les élites confondent l’ONA avec une carte de crédit dont la limite augmente avec l’arrogance. Voilà comment une institution conçue pour la sécurité sociale devient le casino des intouchables.
La vérité honteuse : l’ONA n’appartient plus au peuple
Chaque prêt douteux approuvé, chaque directeur mis en place par piston, chaque entreprise fictive financée avec les contributions des misérables, confirme que l’ONA n’est plus une institution nationale : c’est un instrument de rente pour la minorité qui dirige réellement le pays, loin des discours, loin de la Constitution.
Le peuple paie, les élites encaissent ; le peuple attend, les élites consomment ; le peuple vieillit, les élites se renouvellent.
Et au bout du compte, le sol qui s’effondre sous les pieds du pays est celui que l’ONA aurait dû solidifier. Mais comment espérer solidité là où il n’y a que prédation ? Comment espérer retraite là où l’on organise le pillage ? Comment espérer justice là où la loi est un tapis qu’on retire dès que quelqu’un ose marcher dessus ?
Reynoldson MOMPOINT
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