Opinion

La Délégation, le Parquet, la Police : entre complicité, incompétence ou simple abandon face aux trafics d’organes dans le Nord ?

Par Reynoldson Mompoint

Port-au-Prince, le 14 novembre 2025

Il y a des silences qui tuent plus sûrement que les balles. Et dans le Nord, ce silence-là a désormais un nom : trafic d’organes. Une industrie clandestine, froide, calculée, gérée avec la précision d’un cartel et l’audace d’un État parallèle. Pendant que des familles pleurent des disparitions inexplicables, pendant que des cadavres retrouvés portent des stigmates d’extraction chirurgicale, nos autorités, elles, semblent perdues entre la paresse, la peur… et parfois même la participation.

Oui, il faut le dire sans poudre et sans sucre : ce qui se passe dans le Nord n’est pas seulement un crime, c’est un scandale d’État.

La Délégation Départementale : le royaume de l’aveuglement volontaire

La Délégation du Nord à travers son boss, Marc Merzius Présumé, se comporte comme si le problème était un mirage, une rumeur de marché, une invention de journalistes “trop curieux”. Pourtant, les alertes fusent depuis des temps : organisations locales, citoyens, médecins alarmés, même des agents anonymes de la fonction publique. Mais la Délégation préfère les communiqués polis aux actions concrètes. Elle préfère les réunions feutrées aux descentes musclées. Elle préfère… se protéger.
Quand un dossier est trop chaud, on souffle dessus, on l’écarte, on le refourgue à un autre service. Résultat : rien n’avance, tout pourrit, et les réseaux se renforcent. Entre temps, le délégué lui garde sa posture de one man show.

Les Parquets : entre dossiers enterrés et mains tremblantes

Dans un pays normal, un trafic d’organes déclenche un branle-bas judiciaire. En Haïti, cela déclenche… un renvoi de dossier. On parle d’intrigues, d’interférences, de pressions d’élus locaux, de menaces sur les substituts. Et au final, on obtient des classements sans suite aussi rapides qu’un retrait bancaire.

Le Parquet du Cap-Haïtien semble hésiter à choisir : protéger la population ou protéger des réseaux qui manipulent l’appareil judiciaire comme on manipule une marionnette. Le Commissaire Éno Zéphirin n’a qu’un chantier suivant ses dires, la détention preventive. Le peuple observe, et il n’a pas besoin d’un diplôme en droit pour comprendre : quand la justice tremble, c’est souvent parce qu’elle a reçu des coups… ou des enveloppes.

La Police : bonne volonté ou infiltration ?

Il y a des policiers du Nord qui travaillent, qui se battent, qui risquent leur vie. Et puis il y a l’autre Police : fatiguée, infiltrée, intimidée ou carrément achetée.

Comment expliquer que des véhicules suspectés, signalés et suivis, disparaissent “magiquement” dans des zones pourtant couvertes par plusieurs commissariats ?
Comment expliquer que des arrestations promisculaires se soldent par des libérations express ? Comment expliquer que des agents qui tentaient de faire leur travail soient brusquement déplacés, réduits au silence, ou suspendus pour “insubordination” ?

On finit par se demander si la Police lutte contre les trafiquants… ou si elle subit les ordres des mêmes mains qui financent les opérations criminelles. Sem Calixte, le Directeur départemental est tout indifférent.

Le Nord, territoire d’expérimentation du macabre

Le trafic d’organes n’est pas un vol de chèvres. C’est une opération chirurgicale clandestine.
Avec médecins complices.
Avec matériel importé.
Avec voitures protégées.
Avec routes sécurisées.
Avec morts ciblées.

Ce type de crime ne prospère que dans un environnement où l’État est absent ou consentant.

Le Nord, jadis fierté historique du pays, est aujourd’hui le laboratoire d’une criminalité nouvelle, plus sophistiquée, plus calculée, plus silencieuse. Une criminalité qui ne laisse pas de balles au sol, mais des corps mutilés dans les morgues, des familles détruites, et une société terrorisée.

L’heure des comptes a sonné

Les autorités ne peuvent plus jouer aux sourds. Le peuple du Nord n’acceptera plus les formules tièdes du type “nous suivons la situation”. Ce qu’il faut, c’est une opération nationale, un commissariat spécial, un magistrat debout intouchable, une unité d’enquête dépolluée, une volonté politique courageuse et visible, une représentation de l’exécutif forte et pro-peuple.

Parce qu’à défaut d’agir, l’État deviendra officiellement complice par omission. Et dans cette affaire, chaque silence est un consentement. Chaque lenteur est une protection offerte aux bourreaux. Chaque recul est une signature sur le contrat du crime.

Le Nord appelle, crie, hurle. Qui répondra ?

À ce stade, les Haïtiens ne demandent pas des miracles. Ils demandent juste un État qui ne ferme pas les yeux en échange de quelques billets.
Un Parquet qui n’enterre pas les dossiers. Une Police qui travaille pour le peuple. Une Délégation qui défend réellement le territoire.

Si l’État ne se lève pas, alors les trafiquants continueront d’arracher non seulement des organes… mais aussi ce qui reste de notre dignité nationale.

Reynoldson MOMPOINT

mompointreynoldson@gmail.com

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