Haïti : le CPT et la folie d’élection

Par Reynoldson Mompoint
Port-au-Prince, le 11 novembre 2025
Il faut être fou pour parler d’élections dans un pays sans lumière, sans justice, sans police et sans dignité. Et pourtant, le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) s’y accroche comme un naufragé à une planche pourrie. Dans un océan d’insécurité et de misère, il brandit le mot « élection » comme un talisman politique, alors qu’il n’est, en vérité, qu’un alibi de pouvoir.
Le CPT n’a ni légitimité populaire ni vision historique. Il a simplement hérité du chaos, et au lieu de le combattre, il a choisi d’y danser. Chaque membre joue sa partition, entre ambition personnelle et calcul de survie. On ne gouverne pas, on négocie. On ne répare pas, on recycle. Et pendant qu’ils s’amusent à fabriquer un Conseil Électoral comme on bricole un meuble bancal, le pays, lui, continue de s’écrouler.
Ce n’est pas d’élection qu’Haïti a besoin, c’est d’assainissement moral. Car le problème n’est pas le vote, c’est le vide. Vide institutionnel, vide moral, vide de leadership. On parle d’élections libres dans un pays où les hommes libres sont en exil, où les bandits dictent la loi, où les politiciens marchandent la misère. On parle de démocratie dans un territoire où le peuple ne choisit plus, il subit.
Le CPT veut des élections pour se donner une image, non pour donner un avenir. Comme tous ceux qui l’ont précédé, il confond transition et transaction. Il distribue des promesses, signe des accords, fait des conférences de presse — pendant que la population, elle, cherche de l’eau, du pain, du calme, et un peu d’espoir.
Cette obsession électorale est un piège. Elle occulte les vraies urgences : la sécurité, la réforme de la justice, le redressement économique, la confiance nationale. Que vaut une urne dans un pays où les citoyens ont peur de sortir ? Que vaut un bulletin dans un pays où la vie ne vaut plus rien ?
Haïti est malade, profondément. Et le CPT joue au médecin imaginaire, prescrit des élections comme un remède miracle alors qu’il faudrait une chirurgie du système. Il veut organiser l’avenir sans affronter le passé, reconstruire sans fondation, gouverner sans mission. C’est la politique du pansement sur une plaie gangrenée.
Mais l’histoire, elle, ne pardonne pas. Elle se souvient toujours des faussaires de la transition, de ceux qui ont préféré le confort de la fonction à la rigueur de la réforme. Le CPT aurait pu marquer une rupture ; il n’aura été qu’une répétition.
Haïti n’a pas besoin d’élections pour élire d’autres imposteurs. Elle a besoin d’un réveil collectif, d’une refondation citoyenne. Tant que la politique restera une course au poste et non un combat pour la patrie, tout scrutin sera une mascarade.
Et quand le CPT parlera encore d’élections, le peuple, lui, parlera de survie.
Et c’est là que commence la vraie révolte.
Reynoldson Mompoint
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