Haïti : Quel CEP pour quelle élection ?

Par Reynoldson Mompoint
Port-au-Prince, le 04 novembre 2025
En Haïti, les élections sont comme un bal sans musique : on annonce la fête, mais personne ne danse. Depuis des décennies, le pays s’embourbe dans un cycle de pseudo-préparations électorales où le Conseil Électoral Provisoire (CEP) devient l’institution la plus permanente de la République — alors même que son nom proclame la provisoireté. Ironie institutionnelle, drame national.
Chaque fois qu’un pouvoir chancelle, qu’un régime s’essouffle, on brandit le spectre du CEP comme une béquille démocratique. Et la question revient, lancinante : quel CEP pour quelle élection ? Car à chaque tournant, c’est le même scénario, la même mascarade : un CEP taillé sur mesure, mis au service d’un clan, d’une caste, d’une continuité déguisée en “transition”.
Le CEP, instrument ou institution ?
Le CEP n’est plus une institution électorale : il est devenu une fabrique de légitimités. Ceux qui le forment, souvent choisis au terme de marchandages de couloir, sont moins des arbitres que des figurants dans un théâtre politique en ruine. Ils viennent non pas pour garantir le vote du peuple, mais pour certifier la victoire du plus fort.
Sous chaque transition, le CEP devient l’objet d’un marchandage obscène :
l’Église veut ses deux sièges ;
les partis politiques veulent leurs pions ;
la société civile veut ses représentants ;
et le gouvernement, lui, veut tout le gâteau.
Le peuple, lui, reste dehors. On ne l’invite même plus au banquet.
Élections sans électeurs
Les Haïtiens, désabusés, ne croient plus aux urnes. Ils ont vu trop de bulletins disparaître, trop de résultats trafiqués, trop de vainqueurs désignés d’avance. Le vote n’a plus la valeur d’un choix, mais la saveur d’une mascarade.
On ne parle plus d’élection, mais de sélection, organisée par des puissants qui décident qui mérite de gouverner — ou de s’enrichir au nom du pouvoir.
Le vrai drame, c’est que l’élection est devenue un alibi, une illusion démocratique pour calmer les chancelleries étrangères et contenter les bailleurs. Pendant que l’on “prépare les élections”, le pays s’effondre : pas de sécurité, pas d’État, pas de confiance.
Et maintenant ?
Le Comité de Transition crie à la nécessité de nouvelles élections. Fort bien. Mais encore faut-il savoir avec qui, pour quoi et dans quelles conditions.
Un CEP sans légitimité ne peut pas produire un pouvoir légitime. Un vote organisé sous la peur des gangs n’aura jamais le parfum de la démocratie. Et un peuple affamé, dépossédé, désespéré, ne votera pas pour son avenir — il votera pour sa survie.
La vraie question
Ce n’est pas “quand aurons-nous un CEP ?” qu’il faut demander, mais plutôt : “quand aurons-nous un État digne d’organiser un vote honnête ?”
Car tant que la République sera gouvernée par des coalitions d’intérêts et non par des institutions fortes, le CEP restera ce qu’il a toujours été : le paravent d’un pouvoir en quête de légitimité.
Alors oui, on peut créer un nouveau CEP demain, et un autre après-demain encore. Mais sans justice, sans sécurité, sans dignité, sans peuple réellement souverain, aucune urne ne pourra contenir la vérité du pays.
Haïti n’a pas besoin d’un autre CEP.
Elle a besoin d’un sursaut moral, politique et collectif.
Sinon, ce ne sera pas “quel CEP pour quelle élection ?”
Mais bien : “quelle nation pour quel avenir ?”
Reynoldson Mompoint
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