La Jeunesse Haïtienne, résignation ou cynisme ?

Par Reynoldson Mompoint
Port-au-Prince, le 31 octobre 2025
Il fut un temps où la jeunesse haïtienne représentait le sursaut, la parole vive, la gifle du changement. Celle qui criait, qui rêvait, qui osait. Aujourd’hui, elle scroll, elle like, elle fuit. Elle ne croit plus, ne se bat plus, ne se sacrifie plus. Entre la résignation et le cynisme, elle a choisi le confort de la dérision : rire pour ne pas pleurer, danser sur les ruines, s’indigner en Wi-Fi.
On ne peut pas la blâmer entièrement. Elle est née dans le chaos, nourrie à la corruption et élevée dans la faillite d’un État qui lui a promis l’avenir… avant de lui voler jusqu’à son passeport. Les rêves s’expatrient, les talents s’exilent, et ceux qui restent vivent dans une attente stérile, celle d’un miracle politique qui ne viendra pas.
La résignation, c’est quand on accepte le désordre comme norme. Le cynisme, c’est quand on s’en amuse. Et la jeunesse haïtienne, hélas, navigue entre les deux. Elle sait que les politiciens mentent, que les institutions pourrissent, que le mérite ne sert à rien. Mais au lieu de briser les chaînes, elle préfère en rire, avec un cocktail à la main et un regard vide. L’ironie est devenue son drapeau, le sarcasme sa seule défense.
Autrefois, les jeunes descendaient dans les rues pour revendiquer un avenir. Aujourd’hui, ils y descendent pour une connexion, un concert ou un « live » sur TikTok. L’engagement s’est transformé en divertissement, et la conscience en contenu. La révolte s’est faite hashtag, et le courage, légende de story.
Mais que vaut une génération qui a cessé d’espérer ? Celle qui ne croit plus en rien devient proie facile pour tout. L’État les manipule, les ONG les endorment, les mafias les recrutent. Cette jeunesse, autrefois moteur du pays, est devenue moteur d’exode.
Pourtant, au fond des quartiers, des campus, des rues troublées, il reste encore des braises. Quelques voix lucides, quelques cœurs insoumis refusent de se taire. Ils lisent, créent, débattent, inventent, croient encore qu’un Haïti digne est possible. Ces jeunes-là ne font pas de bruit, mais ils portent en eux la seule lueur du pays : la conscience que le salut ne viendra pas d’en haut, mais d’eux-mêmes.
La jeunesse haïtienne doit choisir. Soit elle continue à rire de sa propre chute, soit elle se relève et fait mentir l’histoire. La résignation, c’est la mort lente. Le cynisme, c’est la complicité. L’espoir, lui, c’est l’acte de foi le plus révolutionnaire qui reste.
Alors, jeunesse d’Haïti, veux-tu continuer à être spectatrice du désastre ?
Ou veux-tu redevenir actrice du destin ?
Parce qu’à force de se moquer de tout, on finit par ne plus rien valoir.
Reynoldson Mompoint
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