L’économie de la transition : entre illusion budgétaire et corruption structurée

Par Reynoldson Mompoint
Port-au-Prince, le 20 octobre 2025
Il existe des transitions qui relèvent d’un pari national, et d’autres qui ne sont que des prétextes économiques. Celle du CPT et du gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé appartient à la seconde catégorie. Derrière les discours de redressement, c’est un théâtre de chiffres manipulés, de contrats douteux et de budgets fictifs qui s’est imposé.
Le pouvoir transitoire a fait de l’économie un champ d’illusion collective : on parle de relance, mais rien ne bouge ; on annonce des investissements, mais tout s’évapore ; on signe des accords, mais les résultats restent invisibles. Ce n’est plus une économie, c’est une mise en scène comptable où chaque ministère devient un guichet de rente et chaque projet un prétexte pour justifier la survie du système.
La grande illusion budgétaire
Le budget 2024-2025, présenté comme « responsable et réaliste », s’est révélé être un chef-d’œuvre d’équilibrisme administratif. Sur le papier, l’État promettait 35 % d’augmentation des recettes internes. Dans la réalité, les douanes fuient, les impôts s’évaporent, et les taxes sont capturées par des circuits parallèles.
Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, ancien financier au verbe poli, a tenté de convaincre que la transition pouvait se financer elle-même. Une chimère. Les caisses sont vides, les salaires publics accusent des retards chroniques, et la dollarisation sauvage continue de ruiner la monnaie nationale.
Dans les ministères, les audits n’aboutissent jamais. On parle d’efforts de rationalisation, pendant que les directeurs généraux s’enrichissent par les commissions invisibles.
La corruption comme moteur invisible
L’économie de la transition n’a pas été construite pour créer de la richesse, mais pour redistribuer les miettes entre amis politiques.
Le CPT, en dépit de ses promesses d’éthique, a reproduit les mêmes logiques que les gouvernements précédents :
contrats publics attribués à des entreprises fictives,
détournements sous couvert de « frais d’urgence »,
subventions fantômes à des ONG de circonstance
Dans les cercles du pouvoir, un mot circule : « le pays doit fonctionner ». Mais dans ce lexique, « fonctionner » signifie « entretenir les réseaux », non « servir le peuple ».
La main invisible des intérêts privés
Depuis Port-au-Prince jusqu’à Pétion-Ville, l’économie de la transition est tenue par une alliance silencieuse entre les politiciens du CPT et les marchands des grands circuits d’importation. Le gouvernement Fils-Aimé leur a offert une stabilité de façade en échange d’un silence économique : pas de contestation, pas de rupture.
Résultat : les prix des produits de base continuent de grimper, les importateurs fixent leurs marges à volonté, et l’État, impuissant, se contente d’observer. Le peuple, lui, paie deux fois : à la caisse du supermarché et à la caisse de la corruption.
Quand l’économie devient politique et la politique devient commerce
Le drame de cette transition, c’est d’avoir fait de l’économie un instrument de pouvoir au lieu d’en faire un levier de transformation. Chaque décision économique répond à une logique d’allégeance : on nomme, on dépense, on détourne, mais on ne construit rien.
La politique économique de Fils-Aimé est une maison sans fondation : elle repose sur la rhétorique, la manipulation des partenaires étrangers, et la gestion des perceptions.
À la place d’une vision, on a des slogans :
Reconstruction,
Croissance inclusive,
Relance nationale
Des mots vides pour remplir des rapports destinés à des bailleurs fatigués.
Données et témoignages économiques
- Évolution de la situation macroéconomique (2024–2025)
Indicateur économique Janvier 2024 Août 2025 Variation
Inflation annuelle 48 % 65 % +17 %
Déficit budgétaire 4,2 % du PIB 8,5 % du PIB x2
Dette publique 2,8 milliards USD 3,6 milliards USD +28 %
Valeur gourde/dollar 159 HTG 194 HTG -22 %
Taux de pauvreté estimé 64 % 72 % +8 %
Ces chiffres, issus de la Cellule de suivi économique et budgétaire fictive (CSEB), traduisent une tendance : la transition consomme plus qu’elle ne produit.
- Témoignages (fictifs mais ancrés dans la réalité haïtienne)
- Élise M., économiste indépendante :
L’économie de la transition fonctionne comme une pompe à rente. Chaque signature de contrat répond à un calcul politique, pas à une logique économique.
- Frantz D., ancien cadre du MEF :
Le Premier ministre n’a pas de politique économique, il a un cahier de slogans. Tout est communication, rien n’est action.
- Rénald J., importateur de carburant :
On nous demande de participer à la stabilité, mais personne ne paie à temps. L’État est devenu un client insolvable.
- Analyse finale
L’échec du CPT et du gouvernement Fils-Aimé ne se limite pas à la politique.
Il s’étend à l’économie, devenue l’espace le plus sophistiqué de la corruption organisée. Ce pouvoir, sans base populaire ni rigueur morale, a transformé la gestion publique en entreprise de profit individuel.
Et si la transition devait symboliser un pont entre le chaos et la reconstruction, elle est devenue un péage : seuls ceux qui paient le prix politique peuvent y passer.
Sous Alix Didier Fils-Aimé, l’économie haïtienne n’a pas été dirigée, elle a été administrée comme une caisse d’opportunités.
Le CPT, loin d’être un Conseil Présidentiel de Transition, s’est mué en Conseil Permanent de Transactions.
Reynoldson Mompoint
mompointreynoldson@gmail.com

