Opinion

La classe politique, mère de cette transition assassine

Port-au-Prince, le 12 octobre 2025

Par Reynoldson Mompoint

Haïti n’est pas en transition. Haïti agonise. Et ceux qui prétendent la sauver, ces politiciens aux mains poudrées de rhum, de mensonges et de dollars, sont les sages-femmes complices d’un accouchement sans vie. La classe politique haïtienne est la mère de cette transition assassine : une mère indigne, cynique, qui vend ses enfants pour une chaise, un poste, un privilège, un passeport diplomatique.

Chaque jour, sous le soleil brûlé du chaos, le peuple marche sans direction, pendant que les dirigeants négocient les miettes d’un pouvoir déjà corrompu par l’ombre. Ils s’asseyent, s’embrassent, se trahissent, se recomposent, puis signent des accords dont la seule finalité est la prolongation de leur propre survie. Et tout cela, au nom du pays.

Le Conseil Présidentiel de Transition, devenu le théâtre de la médiocrité, ne gouverne rien, ne symbolise rien, ne promet rien. Il n’est que le prolongement de la faillite morale d’une classe politique sans foi ni projet. On y parle de sécurité, mais les balles parlent mieux qu’eux. On y parle d’élections, mais personne ne croit plus à la souveraineté d’un vote. On y parle de redressement, mais les poches des ministres sont plus gonflées que les caisses de l’État.

La classe politique haïtienne a réussi l’exploit de transformer la transition en trahison. Elle a fait de la République une salle d’attente sans fin, où le peuple, patient ruiné, attend un médecin qui ne viendra jamais. Chaque nomination est une récompense. Chaque démission, un marché. Chaque déclaration, une mascarade.
Et pendant ce temps, la misère, elle, reste fidèle.

Le mal d’Haïti ne vient pas des bandits : il vient de ceux qui les nourrissent. Il vient de ces politiciens qui financent la violence et se cachent derrière les mots de “dialogue”, “inclusivité” et “concertation nationale”. Des mots creux, usés, hypocrites. Des mots pour calmer la communauté internationale, pas pour sauver la nation.

Cette transition n’a pas tué le pays, elle l’a achevé. Parce qu’elle est née d’un consensus d’hypocrites et d’une complicité d’élites. Parce qu’elle n’a ni colonne morale, ni vision politique, ni courage patriotique. Parce que la classe politique, au lieu d’être la lumière, a préféré devenir l’ombre. Et l’ombre, toujours, finit par dévorer la lumière.

Le peuple haïtien mérite mieux que cette farce institutionnelle. Il mérite une transition d’honneur, pas une transition d’horreurs. Il mérite des dirigeants qui gouvernent avec conviction, pas avec calcul. Il mérite qu’on parle de son avenir, pas de ses votes.

Mais tant que la classe politique restera cette matrice infectée d’ambitions et de mensonges, Haïti continuera de donner naissance à des transitions mortes-nées, et à des gouvernements sans âme.

Reynoldson Mompoint

mompointreynoldson@gmail.com

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